Pourquoi la France a-t-elle autant de dette ?

8 min de lectureSérie La dette française

La façade du Palais Bourbon, où siège l'Assemblée nationale, à Paris

En bref

Parce que la France dépense plus qu'elle ne gagne chaque année depuis 1975, et emprunte la différence. Chaque crise a fait monter la dette d'une marche, sans retour en arrière. Fin juin 2026, elle atteint 119 % du PIB.

En octobre 2026, à l'Assemblée nationale, les députés examinent le budget de l'État pour 2027. La dépense qui augmente le plus n'a ni ministre, ni fonctionnaires, ni bureaux. Ce sont les intérêts de la dette, 72,9 milliards d'euros prévus pour 2027, soit 10 milliards de plus qu'en 2026.

À la fin du mois de juin 2026, la France devait 3 596 milliards d'euros, d'après l'Insee. Le PIB, c'est la valeur de tout ce que le pays produit en un an. La dette en représente 119 %, donc plus d'une année entière de production, soit environ 52 000 euros par habitant. En 1980, la dette ne pesait que 21 % du PIB.

Une dette, c'est l'addition des déficits

Deux mots se mélangent souvent. Le déficit, c'est ce qui manque sur une année. La dette, c'est la somme de tous les déficits passés.

En 2025, les administrations publiques (l'État, la Sécurité sociale et les collectivités locales) ont dépensé l'équivalent de 57,3 % du PIB. Elles ont reçu 52,2 % en impôts, en cotisations et en autres recettes. Sur 100 euros dépensés, 91 étaient donc payés par les recettes et 9 empruntés. Ce déficit de 5,1 % du PIB vient grossir la dette.

Ça ne date pas d'hier. La France n'a pas connu une seule année sans déficit public depuis 1975. Pour combler le trou, l'État vend des obligations à des banques, des assureurs et des fonds du monde entier. Ce sont des titres qu'il s'engage à rembourser, avec des intérêts. Plus de la moitié de ces obligations sont détenues à l'étranger. Quand il doit rendre l'argent d'un ancien emprunt, l'État en fait un nouveau. C'est un peu comme rembourser un crédit avec un autre crédit, sans jamais s'arrêter. En pratique, la dette ne se rembourse pas, elle se renouvelle.

Chaque crise a fait monter la dette d'une marche

La dette n'a pas grimpé de façon régulière. Elle a monté par paliers, à chaque crise.

Dans les années 1970, le prix du pétrole flambe à deux reprises. La croissance ralentit, le chômage monte et les dépenses sociales augmentent. En 1981, le gouvernement de Pierre Mauroy dépense davantage pour relancer l'économie. Au début des années 1990, l'économie recule et emprunter coûte très cher. La dette passe de 37 % du PIB en 1990 à 58 % en 1995.

Avec la crise financière de 2008, les entreprises vendent moins et le chômage grimpe, donc l'État encaisse moins d'impôts. En 2009, le déficit atteint 7,4 % du PIB, contre environ 3 % deux ans plus tôt. La dette passe de 66 % du PIB en 2007 à 86 % en 2010.

Puis vient le Covid. Le 12 mars 2020, Emmanuel Macron promet de protéger l'économie « quoi qu'il en coûte ». L'État paie le chômage partiel de millions de salariés et aide les entreprises fermées. En un an, la dette passe de 98 % à 115 % du PIB. En 2022 et 2023, l'État limite aussi la hausse des factures d'électricité et de gaz. Ces « boucliers tarifaires » coûtent plus de 40 milliards d'euros.

Ces crises ont touché tous les pays. La différence se joue entre deux crises. De 2014 à 2019, l'Allemagne a gagné plus qu'elle ne dépensait. Sa dette est passée de 81 % du PIB en 2010 à 58 % en 2019. Pendant ce temps, la dette française a continué de monter, de 86 % à 98 %.

2026

Emmanuel Macron à l’Élysée

La dette atteint 119 % du PIB, son plus haut niveau. Le budget 2027 prévoit 121,7 % fin 2027.

  • France119 %
  • Allemagne63 %
  • Italie137 %
Les chiffres, année par année
AnnéeFranceAllemagneItalie
198021 %
198532 %
199037 %102 %
199558 %55 %119 %
200060 %59 %109 %
200568 %67 %106 %
200766 %64 %104 %
201086 %81 %119 %
201597 %71 %135 %
201998 %58 %134 %
2020115 %68 %154 %
2022111 %64 %138 %
2025116 %63 %137 %
Fin juin 2026119 %
Dette publique en % du PIB, la richesse produite par le pays en un an. Les petits points marquent les crises, les bandes grisées les présidents. D’après le FMI (octobre 2026), et l’Insee pour juin 2026.

Trop de dépenses, ou pas assez d'impôts ?

Tout le monde est d'accord sur le constat. Les dépenses dépassent les recettes. Sur le remède, en revanche, les partis s'opposent.

Les dépenses publiques françaises sont parmi les plus élevées d'Europe. Elles représentaient environ 35 % du PIB au début des années 1960, contre plus de 57 % aujourd'hui. La plus grosse part va à la protection sociale, c'est-à-dire les retraites, la santé, le chômage et la famille. Elle est passée de 15 % du PIB en 1959 à 32 % en 2024.

Les impôts et les cotisations sont eux aussi parmi les plus élevés d'Europe. Depuis 2018, plusieurs ont pourtant baissé. La taxe d'habitation a disparu pour les résidences principales, l'impôt sur les sociétés a diminué et l'impôt sur la fortune a été remplacé par un impôt sur l'immobilier. Selon la Cour des comptes, ces baisses représentaient environ 62 milliards d'euros de recettes en moins en 2023.

Le gouvernement et la droite en concluent qu'il faut dépenser moins. Pour eux, la France a déjà des impôts parmi les plus lourds du monde, et les augmenter freinerait l'activité. La gauche répond que le déficit vient surtout des baisses d'impôts accordées depuis 2017, en particulier aux entreprises et aux plus riches. Elle défend par exemple la taxe proposée par l'économiste Gabriel Zucman, un impôt minimum de 2 % par an sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros. Le gouvernement s'y oppose, parce qu'elle toucherait aussi les entreprises que possèdent ces grandes fortunes. Les députés l'ont rejetée en octobre 2025, par 228 voix contre 172.

Le Rassemblement national promet de son côté 125 milliards d'euros d'économies en cinq ans. Il compte les trouver surtout sur l'immigration, la contribution de la France au budget européen et la fraude. L'Institut de l'entreprise, un groupe de réflexion proche du patronat, estime que moins de 10 milliards de ces économies sont crédibles. Le Conseil d'analyse économique, rattaché au Premier ministre, a listé environ 170 pistes sur les dépenses et les impôts. Il ne dit pas lesquels choisir.

Est-ce si grave d'avoir autant de dette ?

Un État n'est pas un ménage. Il ne part pas à la retraite et ne meurt pas, donc il peut renouveler ses emprunts tant qu'on accepte de lui prêter. S'endetter pour traverser une crise, ou pour investir dans des écoles et des réseaux électriques, peut même rapporter plus que ça ne coûte. La dette du Japon dépasse 200 % de son PIB sans provoquer de crise, en grande partie parce qu'elle est détenue par les Japonais eux-mêmes et par la Banque du Japon.

Le problème, c'est le prix. Pendant les années 2010, les taux d'intérêt étaient proches de zéro et la France empruntait presque gratuitement. Avec le retour de l'inflation en 2022, ils sont remontés. Le 1er octobre 2026, l'État devait payer 4,92 % d'intérêts par an pour emprunter sur dix ans, du jamais vu depuis 2002. Les emprunts bon marché des années 2010 doivent être rendus, et l'État les remplace par des emprunts bien plus chers. En 2027, l'ensemble des administrations publiques devrait payer 91 milliards d'euros d'intérêts, environ 1 300 euros par habitant.

Les économistes parlent d'effet boule de neige. Imagine que tu empruntes chaque mois juste pour payer les intérêts de ton crédit. Ta dette grossit, sans que tu achètes rien de plus. Pour un pays, ça arrive quand les intérêts augmentent plus vite que sa richesse. Le simulateur ci-dessous montre comment trois chiffres décident de la suite.

En 2036, la dette atteindrait144 %du PIB

Avec 2,5 % du PIB dépensés en trop chaque année (sans compter les intérêts), une économie qui grandit de 2,5 % par an et un taux d’intérêt moyen de 2,5 %.

Pour que la dette arrête de monter, l’État devrait dépenser autant qu’il gagne, sans compter les intérêts.

Les intérêts coûteraient alors 3,6 % du PIB chaque année, contre 3 % au départ.

Le calcul, en clair
  • Point de départ : 119 % du PIB en 2026. Chaque année, les intérêts font grossir la dette, la croissance du PIB la fait peser moins lourd, puis on ajoute ce qui a été dépensé en trop.
  • Avec 2,5 % du PIB dépensés en trop chaque année, une croissance de 2,5 % et un taux de 2,5 %, la dette atteint 144 % du PIB en 2036.
  • Avec un taux de 4 % au lieu de 2,5 %, elle atteint 164 %.
  • Si l’État dépense autant qu’il gagne (sans les intérêts), avec un taux égal à la croissance, elle reste à 119 %.
  • Pour que la dette arrête de monter, l’État devrait dépenser autant qu’il gagne, sans compter les intérêts.
Simulation simplifiée, pas une prévision. Point de départ : 119 % du PIB, le niveau de juin 2026. Les trois chiffres restent les mêmes chaque année.

Une dette lourde laisse aussi moins de marge pour affronter la prochaine crise, et elle rend le pays sensible à la confiance des prêteurs. Des agences privées notent la capacité des pays à rembourser, un peu comme un bulletin scolaire. En 2025, deux de ces agences ont baissé la note de la France de AA- à A+. Ce sont Fitch et S&P. Moody's doit rendre sa décision le 23 octobre 2026. Une note plus basse peut faire monter les taux, donc les intérêts.

Où va la dette française ?

Le budget 2026 a été adopté en février 2026, après des mois de blocage. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, n'a pas de majorité à l'Assemblée. Il a utilisé le 49.3, un article de la Constitution qui fait passer un texte sans vote, sauf si une motion de censure renverse le gouvernement. Ce budget visait un déficit de 5 % du PIB. Le gouvernement prévoit maintenant 5,4 %.

Pour 2027, le projet présenté le 1er octobre vise de nouveau 5 %. Il prévoit de trouver 54 milliards d'euros. Il compte surtout dépenser moins pour l'État, la Sécurité sociale et les collectivités, avec quelques hausses d'impôts ciblées. Les pensions de retraite au-dessus de 2 000 euros par mois ne suivraient plus l'inflation, par exemple, et le budget des armées augmenterait de 6,4 milliards. Même si tout était voté, la dette atteindrait 121,7 % du PIB fin 2027.

Les débats ont commencé à l'Assemblée le 13 octobre. Dès le 15, les députés ont supprimé une mesure qui devait rapporter 1,4 milliard d'euros, le plafonnement d'un avantage fiscal des retraités. Le premier vote solennel est prévu le 20 octobre. L'Union européenne surveille aussi. Depuis juillet 2024, la France est sous surveillance renforcée de Bruxelles, parce que son déficit dépasse le plafond de 3 % du PIB fixé par les règles européennes. Elle s'est engagée à repasser en dessous en 2029.

L'élection présidentielle a lieu au printemps 2027, et chaque candidat devra dire comment il compte s'y prendre. La dernière année sans déficit remonte à 1974. Un Français de moins de 50 ans n'en a donc jamais connu.

Sources

13
  1. Insee, la dette publique à la fin du deuxième trimestre 2026, septembre 2026, et dépenses et recettes publiques de 2018 à 2025.
  2. FMI, dette publique brute en % du PIB, base de données des Perspectives de l'économie mondiale, consultée en octobre 2026 (en anglais).
  3. Toute l'Europe, 3 600 milliards d'euros de dette : comment la France en est-elle arrivée là ?, 2026.
  4. Toute l'Europe, Budget 2027 : ce qu'il faut retenir des mesures annoncées par le gouvernement Lecornu, octobre 2026.
  5. Acteurs publics, la charge de la dette devrait s'élever à 91 milliards d'euros en 2027, et JeChange, la charge de la dette dans le budget de l'État pour 2027, octobre 2026.
  6. Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 15 juillet 2024.
  7. FIPECO, le montant et l'évolution de la dette publique, mai 2026, sur les détenteurs de la dette et les comparaisons européennes.
  8. Europe 1, les députés rejettent la taxe Zucman, octobre 2025.
  9. Institut de l'entreprise, analyse du contre-budget du RN, 6 octobre 2026.
  10. Boursorama, l'OAT touche un sommet depuis 2002, 1er octobre 2026.
  11. Agence France Trésor, les notes de la France (en anglais).
  12. Al Jazeera, France adopts 2026 budget after two no-confidence votes fail, février 2026 (en anglais).
  13. franceinfo, les députés rejettent le plafonnement d'un abattement fiscal pour les retraités, 15 octobre 2026.

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  1. Pourquoi la France a-t-elle autant de dette ?

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  1. Pourquoi la France a-t-elle autant de dette ?

    Elle dépense plus qu'elle ne gagne, chaque année.

  2. Comment appelle-t-on la somme de tous les déficits passés d'un pays ?

    Sa dette publique.

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  3. Depuis quelle année les comptes publics français sont-ils en déficit chaque année ?

    Depuis 1975.

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  4. Avec quel argent l'État français rembourse-t-il ses anciens emprunts ?

    Avec de nouveaux emprunts.

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  5. Quelle crise fait bondir la dette française de 98 % à 115 % du PIB ?

    Le Covid.

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  6. De 2010 à 2019, pourquoi la dette allemande baisse-t-elle quand celle de la France monte ?

    L'Allemagne gagne plus qu'elle ne dépense.

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  7. Selon la gauche, qu'est-ce qui creuse surtout le déficit public français depuis 2017 ?

    Les baisses d'impôts.

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  8. Selon le gouvernement et la droite, comment réduire le déficit public français ?

    En dépensant moins.

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  9. Pourquoi le Japon supporte-t-il une dette de plus de 200 % du PIB ?

    Elle est détenue par les Japonais eux-mêmes.

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  10. Depuis 2022, pourquoi les intérêts que la France paie sur sa dette augmentent-ils ?

    Ses nouveaux emprunts coûtent plus cher.

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  11. Qu'est-ce que l'effet boule de neige de la dette publique ?

    La dette grossit seule, à cause des intérêts.

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  12. Fin juin 2026, combien pèse la dette publique française, en % du PIB ?

    119 %.

  13. Quel plafond de déficit public les règles européennes fixent-elles aux pays de l'Union ?

    3 % du PIB.

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