Pourquoi le détroit d'Ormuz est-il si important ?

En bref
Un cinquième du pétrole mondial passait par ce bras de mer de 39 km entre l'Iran et Oman, sans vraie route de rechange. Depuis que la guerre l'a presque fermé, en mars 2026, le baril est monté jusqu'à 138 dollars et le gazole jusqu'à 2,38 € en France.
La réponse en 1 minute
Un cinquième du pétrole du monde passe par ce bras de mer de 39 km. Depuis que l’Iran l’a fermé, un plein de gazole a pris 32 euros. Pourquoi, en une minute.
Lire la transcriptionLe 28 février 2026, quelques heures après les premières frappes américaines et israéliennes sur l'Iran, un message passe sur la radio des navires du Golfe. Les Gardiens de la révolution, l'armée chargée de protéger le régime iranien, préviennent qu'aucun bateau ne franchira plus le détroit d'Ormuz. Le 2 mars, ils confirment l'avoir fermé.
Le baril de Brent, le pétrole qui sert de prix de référence, valait 71 dollars le 27 février. Le 7 avril, il en valait 138. En France, le litre de gazole est passé de 1,70 € à 2,31 € le 10 avril. Mi-octobre, il est encore à 2,35 €. Un plein de 50 litres coûte 117 €, contre 85 € avant la guerre.
Tout ça à cause d'un bras de mer situé à plus de 5 000 km de Paris.
Le Golfe n'a qu'une sortie
Le Golfe, qu'on appelle aussi golfe Persique, est une mer presque fermée. Huit pays le bordent. Il y a l'Iran au nord, et en face l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis et Oman. Le Moyen-Orient fournit 29 % du pétrole extrait dans le monde, et presque tout vient des pays qui bordent le Golfe.
Pour quitter le Golfe en bateau, il n'y a qu'un passage, le détroit d'Ormuz. Il tient son nom d'une petite île iranienne posée à l'entrée. Au nord, toute la côte est iranienne. Au sud, c'est la pointe de la péninsule de Musandam, qui appartient à Oman. Au plus étroit, entre l'île iranienne de Larak et les îles omanaises de Salamah, le détroit fait 39 km. À peine plus que le pas de Calais.
Les navires n'utilisent même pas toute cette largeur. Pour éviter les collisions, ils suivent deux couloirs de 3,7 km, un pour entrer dans le Golfe et un pour en sortir. Une bande de même largeur, où il est interdit de naviguer, les sépare. Ces couloirs passent dans les eaux d'Oman.
Tous les pays du Golfe ne sont pas coincés de la même façon. L'Arabie saoudite a aussi une côte sur la mer Rouge, et Oman donne directement sur l'océan Indien. Le Koweït, l'Irak, Bahreïn et le Qatar n'ont pas d'autre côte que celle du Golfe.
Un cinquième du pétrole du monde passait par là
En 2024, 20 millions de barils de pétrole ont franchi le détroit chaque jour, d'après l'agence américaine de l'énergie (EIA). Un baril, c'est 159 litres. Ça fait plus de 3 milliards de litres par jour, soit un cinquième de tout le pétrole consommé sur la planète. C'est aussi plus d'un quart du pétrole transporté par la mer. L'Arabie saoudite fournit à elle seule 38 % du pétrole brut qui y passe.
Le détroit compte autant pour le gaz. En 2024, un cinquième du gaz naturel liquéfié vendu dans le monde y est passé, surtout celui du Qatar. Ce gaz est refroidi jusqu'à devenir liquide, puis voyage dans des navires spéciaux, les méthaniers.
L'essentiel part vers l'Asie. En 2024, 84 % du pétrole brut sorti par le détroit allait vers des pays asiatiques. La Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud en prenaient à eux seuls 69 %. Pour la Chine, devenue l'usine du monde, c'est environ un tiers de son pétrole.
Presque aucune autre route
Si le détroit ferme, le pétrole peut-il passer ailleurs ? Un peu. Deux pays ont construit des oléoducs, ces tuyaux géants qui transportent le pétrole sur terre, pour l'éviter.
L'Arabie saoudite a l'oléoduc Est-Ouest. Il traverse le pays, des champs de pétrole du Golfe jusqu'au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Il peut transporter 5 millions de barils par jour, et le pays a montré en 2019 qu'il pouvait monter à 7 millions. Les Émirats arabes unis en ont un de 1,8 million de barils par jour vers Fujairah, un port situé après le détroit. L'Iran a construit le sien vers Jask, mais il n'en fait passer presque rien.
Mais ces tuyaux servent déjà en temps normal. D'après l'EIA, il ne leur reste que 2,6 millions de barils par jour de place libre. Sur les 20 millions qui passaient par le détroit, environ 17 resteraient donc coincés dans le Golfe. Le gaz liquéfié du Qatar n'a aucun autre chemin, puisqu'il ne peut partir qu'en bateau.
Le Golfe n’a qu’une sortie
Chaque jour, 20 millions de barils de pétrole sortent du Golfe par le détroit, un cinquième de ce que le monde consomme.
Si le détroit ferme, les oléoducs ne peuvent en détourner qu’environ 2,6 millions de plus. Les 17,4 millions restants n’ont pas d’autre chemin.
- Passe par le détroit
- Détourné par les oléoducs
- Bloqué dans le Golfe
Zoom sur le goulet
Les deux couloirs des navires, 3,7 km chacun, un dans chaque sens, séparés par une bande interdite de même largeur. Ils passent dans les eaux d’Oman.
Les oléoducs qui évitent le détroit
| Oléoduc | Trajet | Capacité |
|---|---|---|
| Oléoduc Est-Ouest | Arabie saoudite, du Golfe à Yanbu, sur la mer Rouge. Porté à 7 millions en 2019, en y faisant passer aussi du pétrole brut dans des tuyaux prévus pour le gaz. | 5 millions de barils par jour |
| Oléoduc de Fujairah | Émirats arabes unis, des champs d’Abou Dhabi à Fujairah, après le détroit. Déjà très utilisé en temps normal : il lui reste peu de place. | 1,8 million de barils par jour |
| Oléoduc Goreh-Jask | Iran, de Goreh à Jask, après le détroit. Ouvert en 2021, presque pas utilisé : l’Iran n’y charge plus de pétrolier depuis septembre 2024. | 0,3 million de barils par jour |
Même le détour a ses risques. Le pétrole chargé à Yanbu doit encore descendre la mer Rouge, puis passer le détroit de Bab el-Mandeb, au large du Yémen. Les Houthis, un mouvement armé yéménite allié de l'Iran, y attaquent des navires depuis la fin de 2023.
Pourquoi ton plein grimpe alors que la France achète peu dans le Golfe
En 2025, la France n'a acheté que 10 % de son pétrole brut au Moyen-Orient. Ses premiers fournisseurs sont les États-Unis, le Kazakhstan et le Nigeria. Pourtant, son plein a suivi la guerre de près.
Le pétrole se vend sur un marché mondial, à peu près au même prix pour tout le monde. Une raffinerie, l'usine qui le transforme en carburant, achète là où elle en trouve. Quand des millions de barils manquent chaque jour, celles d'Asie qui se fournissaient dans le Golfe vont chercher ailleurs. Elles se disputent le pétrole américain ou africain avec les acheteurs européens, et le prix monte partout.
Le gazole a pris plus cher que l'essence. Entre fin février et mi-septembre 2026, le litre de gazole a augmenté de 40 %, celui de SP95-E10 de 26 %. La France consomme près de trois fois plus de gazole que d'essence, et elle en importe plus de la moitié tout prêt, déjà transformé. Or 30 % de ce gazole importé vient du Moyen-Orient, d'après la fédération des pétroliers, Énergies et Mobilités. Pour le kérosène des avions, c'est 61 %.
Le plein grimpe quand même moins vite que le baril. Le 18 septembre, le baril valait 68 % de plus que le 27 février, le gazole 40 % de plus. C'est l'effet des taxes. Sur chaque litre de gazole, l'État prend une taxe fixe d'environ 61 centimes, l'accise. La TVA s'ajoute par-dessus. Fin février, les taxes faisaient 52 % du prix du gazole. Mi-octobre, 43 %.
Le baril et ton plein, depuis janvier 2026
20 octobre 2026
Les attaques de pétroliers repartent. Au moins douze en une semaine, du jamais vu depuis le début de la guerre.
- Baril de Brent115,22 $
- Litre de gazole2,35 €
- Litre de SP95-E102,15 €
- Un plein de 50 litres de gazole117 €prix à la pompe du 16 octobre
Le baril de Brent, en dollars
Le litre à la pompe, en euros
Les chiffres des moments clés
| Jour | Baril de Brent | Gazole | SP95-E10 |
|---|---|---|---|
| 27 février 2026 | 71,32 $ | 1,70 € (27 février) | 1,71 € |
| 7 avril 2026 | 138,21 $ | 2,23 € (3 avril) | 1,99 € |
| 10 avril 2026 | 119,07 $ | 2,31 € (10 avril) | 1,99 € |
| 2 juillet 2026 | 68,53 $ | 1,87 € (26 juin) | 1,88 € |
| 15 septembre 2026 | 130,80 $ | 2,29 € (11 septembre) | 2,11 € |
| 18 septembre 2026 | 119,66 $ | 2,38 € (18 septembre) | 2,15 € |
| 2 octobre 2026 | 135,51 $ | 2,36 € (2 octobre) | 2,14 € |
| 20 octobre 2026 | 115,22 $ | 2,35 € (16 octobre) | 2,15 € |
Avant 2026, le détroit n'avait jamais fermé
Le Golfe a déjà fait flamber le pétrole sans toucher au détroit. En 1973, les pays arabes producteurs réduisent leur production et coupent leurs livraisons à plusieurs pays qui soutiennent Israël. Le prix du baril est multiplié par quatre en quelques mois. En 1979, la révolution iranienne puis la guerre entre l'Iran et l'Irak le font plus que doubler.
Le détroit, lui, a d'abord été un champ de bataille. Pendant cette guerre entre l'Iran et l'Irak, de 1981 à 1988, chaque camp attaque les pétroliers de l'autre et ceux de ses alliés. C'est la « guerre des pétroliers ». L'Irak mène environ 283 attaques, l'Iran 168, et plus de 100 marins y meurent. En 1987, les États-Unis mettent des pétroliers koweïtiens sous drapeau américain pour pouvoir les escorter.
Le 14 avril 1988, une mine iranienne endommage gravement une frégate américaine. Quatre jours plus tard, la marine américaine détruit deux plateformes pétrolières iraniennes et coule une frégate iranienne. Le 3 juillet 1988, au-dessus du détroit, un croiseur américain abat par erreur un avion de ligne d'Iran Air. Les 290 passagers et membres d'équipage meurent, dont 66 enfants.
Ensuite, l'Iran menace plusieurs fois de fermer le détroit. Fin 2011, l'Europe et les États-Unis préparent un embargo, une interdiction d'acheter son pétrole. En 2019, Washington veut empêcher toute vente de pétrole iranien, et les Gardiens de la révolution saisissent un pétrolier britannique dans le détroit. L'Iran ne passe jamais à l'acte. Fermer le détroit aurait aussi bloqué son propre pétrole, qui sort par le même chemin.
En 2026, c'est l'inverse. La guerre éclate d'abord. Les frappes du 28 février tuent le guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989. L'Iran ferme le détroit en représailles.
À qui appartient le détroit d'Ormuz ?
À personne en entier. Depuis la convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, un pays possède la mer jusqu'à 12 milles nautiques de ses côtes, soit 22 km. Le détroit fait moins de deux fois cette distance, donc il n'y reste pas de mer internationale. Ses eaux sont partagées entre l'Iran et Oman.
La même convention garantit un « droit de passage en transit » dans les détroits qui servent à la navigation internationale. Le pays riverain ne peut ni l'empêcher ni le suspendre. L'Iran a signé la convention, mais son Parlement ne l'a jamais ratifiée, c'est-à-dire validée. Depuis 1959, il n'accepte dans ses eaux que le « passage inoffensif ». C'est un droit plus limité, qu'un pays peut suspendre un temps pour sa sécurité. Les États-Unis n'ont pas ratifié la convention non plus, mais ils défendent ce droit de passage, comme la plupart des pays.
En mai 2026, l'Iran a créé une Autorité du détroit du golfe Persique, chargée d'autoriser chaque traversée. Son Parlement a voté en mars le principe d'un péage. Au moins un navire aurait payé 2 millions de dollars pour emprunter le couloir iranien. Washington menace de sanctions quiconque paie.
Où en est le détroit d'Ormuz en octobre 2026 ?
Il n'a jamais vraiment rouvert. Au pire, en avril, moins d'un million de barils par jour le traversaient, sans compter le pétrole iranien. Le chiffre vient de Kpler, une société qui suit les navires. En octobre, il en passe environ 12 millions. Les pétroliers traversent la nuit en petits convois de quatre à six navires. Ils longent la côte d'Oman, sous la protection de la marine américaine. L'Arabie saoudite envoie aussi 3 millions de barils par jour vers la mer Rouge par son oléoduc.
Depuis le 14 juillet, la marine américaine bloque les ports iraniens, et le pétrole de l'Iran ne sort presque plus. Les Gardiens de la révolution, eux, continuent de s'en prendre aux navires. Du 28 septembre au 5 octobre, au moins douze pétroliers et transporteurs de gaz ont été attaqués. Mi-octobre, un porte-conteneurs a coulé dans le détroit.
Traverser coûte très cher. Louer un pétrolier géant pour aller du Golfe jusqu'en Chine coûte environ 1,4 million de dollars par jour, douze fois plus qu'avant la guerre. Assurer sa cargaison coûte 10 % de sa valeur, contre 3 % avant. Le 20 octobre, le baril de Brent valait encore 115 dollars.
En France, la vie chère était au cœur des manifestations du 17 octobre, qui ont réuni entre 550 000 et 800 000 personnes. Début octobre, le gouvernement a annoncé la vente de 10 millions de barils de gazole pris dans les stocks stratégiques, les réserves gardées pour les crises. Il vise une baisse de 12 à 18 centimes par litre à partir du 1er novembre. La France garde en réserve l'équivalent de trois mois de consommation.
Les deux pays n'ont plus de négociations officielles. Le Qatar fait passer des messages, mais le 22 octobre, Donald Trump a déclaré que les États-Unis ne discutaient pas avec l'Iran.
Pourtant, le pétrole ne manque plus vraiment. D'après Kpler, les pays du Moyen-Orient en exportent même un peu plus qu'avant la guerre en octobre. Ils multiplient les détours. Mais chaque baril coûte bien plus cher à transporter et à assurer, et c'est ce prix-là qu'on retrouve à la pompe.
Sources
16
- Wikipédia, crise du détroit d'Ormuz de 2026 et chronologie de la guerre de 2026 contre l'Iran (en anglais), consultées le 22 octobre 2026, d'après Reuters, l'AFP, le New York Times et le Wall Street Journal.
- EIA, prix du Brent au comptant, série quotidienne (en anglais), jusqu'au 20 octobre 2026.
- Ministère de la Transition écologique, prix des produits pétroliers, prix moyens hebdomadaires taxes comprises et hors taxes, jusqu'au 16 octobre 2026.
- Énergies et Mobilités (Ufip), approvisionnement de la France en énergies liquides 2025, juin 2026 (production du Moyen-Orient d'après l'AIE, gazole et kérosène importés, stocks stratégiques).
- Wikipédia, Strait of Hormuz (en anglais) : largeur, couloirs de navigation, statut juridique, et détroit d'Ormuz : 1988.
- EIA, Amid regional conflict, the Strait of Hormuz remains critical oil chokepoint (en anglais), 16 juin 2025, chiffres de 2024.
- Insee, provenance du pétrole brut importé en France, données de 2025 provisoires.
- Wikipédia, premier choc pétrolier et deuxième choc pétrolier.
- Wikipédia, guerre des pétroliers et Tanker war (en anglais).
- Wikipédia, crise de la mer Rouge, et 2019-2021 Persian Gulf crisis (en anglais).
- IRIS, le statut juridique du détroit d'Ormuz, 12 janvier 2012.
- Wikipédia, Persian Gulf Strait Authority et blocus naval de l'Iran par les États-Unis en 2026 (en anglais), consultées le 22 octobre 2026.
- Reuters (Ron Bousso), Don't mistake Mideast oil rebound for normality (en anglais), 22 octobre 2026, d'après Kpler.
- franceinfo, « On est de retour à plus de 90 % des volumes d'avant-guerre », 30 septembre 2026, et les attaques contre les navires s'intensifient, 16 octobre 2026.
- France 24, mobilisation massive en France contre la vie chère, 17 octobre 2026.
- franceinfo, cinq questions sur les stocks stratégiques de pétrole, octobre 2026.



