Qu'est-ce qu'un krach boursier ?

En bref
Un krach boursier, c'est une chute brutale des prix en Bourse, en quelques jours. Il suit souvent une bulle, quand les prix sont montés trop haut, et la panique fait le reste. S'en remettre a pris d'un à vingt-cinq ans.
La réponse en 1 minute
Comment arrive un krach boursier : la bulle, l’achat à crédit, la panique. Pourquoi Wall Street a mis 25 ans à se remettre de 1929, le Covid un an, et ce qu’on sait de la peur d’une bulle de l’IA fin octobre 2026.
Lire la transcriptionLe jeudi 24 octobre 1929, à la Bourse de New York, il n'y a presque plus d'acheteurs. Dès le matin, les prix s'effondrent. À midi, le Dow Jones, l'indice qui suit les grandes entreprises américaines, a perdu 22,6 %. Dehors, une émeute éclate quand la police empêche des actionnaires d'entrer. La photo en haut de cette page montre la foule, ce jour-là, dans Wall Street. Les machines qui impriment les prix ont jusqu'à une heure et demie de retard, et les vendeurs paniqués ne savent même pas à quel prix ils ont vendu.
L'après-midi, de grands banquiers rachètent des actions pour calmer le jeu. Le soir, la baisse n'est plus que de 2,1 %. Mais le lundi suivant, le Dow Jones perd 13 %, et encore 12 % le mardi. En juillet 1932, il vaut 89 % de moins qu'à son sommet de septembre 1929.
C'est le krach le plus célèbre de l'histoire. Il y en a eu beaucoup d'autres.
Un krach, c'est une chute brutale de la Bourse
Le mot vient de l'allemand Krach, qui veut dire « grand bruit », comme celui de quelque chose qui s'écroule. Il apparaît dans les journaux de langue allemande en 1873, quand les Bourses de Vienne et de Berlin s'effondrent.
Un krach, c'est une baisse brutale des prix en Bourse, en quelques jours, parfois en quelques heures. Il se produit quand les vendeurs sont bien plus nombreux que les acheteurs, au point de vouloir vendre à n'importe quel prix.
À la Bourse, le prix d'une action se fixe quand un acheteur et un vendeur tombent d'accord (on l'explique ici). Si les acheteurs disparaissent, le prix descend jusqu'à ce qu'il en trouve de nouveaux. Le 24 octobre 1929, il a fallu aller très bas pour en trouver.
Pourquoi ça arrive : une bulle, puis la panique
Beaucoup de krachs suivent une bulle. Les prix montent parce que tout le monde achète, et finissent par s'éloigner de ce que rapportent les entreprises. Dans les années 1920 aux États-Unis, selon l'économiste Jacques Brasseul, « le cours des titres augmente plus que les profits des entreprises ».
L'argent emprunté gonfle la bulle. Depuis 1926, à Wall Street, on peut acheter des actions à crédit en ne versant que 10 % de leur prix. Pour 10 dollars d'actions, on n'en sort qu'un de sa poche. Quand les prix baissent, ceux qui ont emprunté doivent rembourser. Ils vendent, ce qui fait encore baisser les prix, et oblige d'autres à vendre. C'est ce qui se passe dès le lendemain du jeudi noir.
Le déclencheur change d'un krach à l'autre. En 2008, ce sont des crédits immobiliers accordés aux États-Unis à des ménages qui ne peuvent pas les rembourser. Les banques qui les détiennent vacillent, et la banque américaine Lehman Brothers fait faillite le 15 septembre 2008. En 2020, c'est l'épidémie de Covid.
Aujourd'hui, des programmes informatiques passent une partie des ordres et peuvent accélérer une chute. Les Bourses ont donc des coupe-circuits, qui arrêtent les échanges un moment pour laisser retomber la panique. Wall Street les a mis en place après le krach de 1987, et ils ont servi plusieurs fois en mars 2020.
Les grands krachs, de 1929 à 2020
Le 19 octobre 1987, le Dow Jones perd 22,6 % en une seule journée, sa pire baisse en un jour. Deux mois et demi plus tard, le CAC 40, l'indice de la Bourse de Paris, part de 1 000 points, le 31 décembre 1987. Sa pire journée arrive le 12 mars 2020, avec le Covid, quand il perd 12,28 %.
Cinq grands krachs : la chute, puis le temps pour s’en remettre
Pour chaque krach, de combien la Bourse a chuté depuis son sommet, et combien de temps il a fallu pour y revenir. Touche une ligne pour le détail.
- La chute
- Le temps pour revenir au sommet
1929Le jeudi noir
Des actions achetées à crédit, une bulle qui éclate en octobre 1929. Les banques font faillite et le chômage explose aux États-Unis : c’est la Grande Dépression.
Dow Jones, New York : 381,17 points le 3 septembre 1929, 41,22 au plus bas (8 juillet 1932), sommet retrouvé le 23 novembre 1954.
1987Le lundi noir
Le 19 octobre 1987, le Dow Jones perd 22,6 % en une seule journée, un record. Les banques centrales prêtent aussitôt aux banques, et l’économie tient le choc.
S&P 500, New York : 336,77 points le 25 août 1987, 230,3 au plus bas (novembre 1987), sommet retrouvé le 26 juillet 1989.
2000La bulle internet
Les actions des entreprises d’internet et des télécoms s’envolent, bien au-delà de ce qu’elles rapportent. Quand la bulle éclate, la chute dure deux ans et demi.
CAC 40, Paris : 6 922 points le 4 septembre 2000, 2 403 au plus bas (12 mars 2003), sommet retrouvé le 2 novembre 2021.
2008La crise financière
Des crédits immobiliers accordés aux États-Unis à des ménages qui ne peuvent pas rembourser. Les banques vacillent, et la banque Lehman Brothers fait faillite le 15 septembre 2008.
CAC 40, Paris : 6 168 points le 1er juin 2007, 2 519 au plus bas (9 mars 2009), sommet retrouvé le 9 avril 2021.
2020Le Covid
L’épidémie arrive en Europe et les pays se confinent. Le 12 mars 2020, le CAC 40 perd 12,28 %, sa pire journée depuis sa création.
CAC 40, Paris : 6 111 points le 19 février 2020, 3 755 au plus bas (18 mars 2020), sommet retrouvé le 6 avril 2021.
La chute ne dit pas tout. En 2020, le CAC 40 perd 39 % en un mois, puis retrouve son sommet le 6 avril 2021, un peu plus d'un an plus tard. Après la bulle internet de 2000, il lui faut 21 ans. Et le Dow Jones ne retrouve son sommet de 1929 que le 23 novembre 1954, vingt-cinq ans plus tard.
Pourquoi certains krachs durent 25 ans, et d'autres un an
Tout dépend de ce qui se passe ensuite dans l'économie. En 1929, ceux qui avaient emprunté pour acheter des actions ne peuvent plus rembourser. Les banques perdent de l'argent et prêtent moins. Des entreprises font faillite, et les épargnants se ruent dans les banques pour retirer leur argent. À partir de 1930, ce sont les banques qui tombent. Aux États-Unis, le nombre de chômeurs passe de 1,5 million à 15 millions en 1933.
En 1987, les banques centrales, qui fabriquent la monnaie, réagissent vite. Celles des États-Unis, de l'Allemagne de l'Ouest et du Japon prêtent aussitôt de l'argent aux banques, pour qu'aucune ne se retrouve sans pouvoir payer ses dettes. L'économie tient le choc, et la Bourse américaine retrouve son niveau d'avant le krach le 26 juillet 1989. Le krach de 1987 est resté à la Bourse, celui de 1929 est devenu une crise économique.
Ces durées ne comptent pas les dividendes, l'argent que les entreprises versent chaque année à leurs actionnaires. En les comptant, on s'en remet plus vite.
Et ton argent, dans un krach ?
Un krach ne touche que l'argent placé en Bourse. Un livret A n'y est pas placé, et son capital est garanti par l'État. Dans une assurance-vie, le fonds en euros, la partie sans risque, garantit aussi ce qu'on y a versé. Les unités de compte, elles, sont souvent placées en actions, et leur valeur baisse avec la Bourse.
Les actions, dans un plan d'épargne en actions (PEA) ou ailleurs, perdent de leur valeur. Celui qui vend au plus bas encaisse la perte. Celui qui les garde attend que les prix remontent, ce qui a pris un peu plus d'un an après 2020, et vingt-cinq ans après 1929. Personne ne sait à l'avance combien de temps durera le prochain.
L'IA est-elle une bulle, en octobre 2026 ?
En octobre 2026, le mot revient. Dans la semaine du 15 octobre, les vingt plus grosses entreprises mondiales de l'intelligence artificielle et des puces électroniques ont perdu plus de 1 000 milliards de dollars de valeur en Bourse, d'après la chaîne américaine CNBC. Le 30 octobre, les valeurs technologiques en perdent encore plus de 1 000 milliards en une séance, selon NBC News. Ce jour-là, l'action Intel chute de 29 %, sa pire journée depuis au moins les années 1980.
À Paris, le CAC 40 a battu son record le 10 août 2026, à 8 726 points. Le 8 octobre, il en avait perdu 11 %, avant de remonter à 7 969 points le 30 octobre.
Ceux qui s'inquiètent regardent les sommes engagées. Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle prévoient d'investir environ 800 milliards de dollars cette année, d'après le Journal du Net. Les géants de l'IA empruntent des centaines de milliards pour construire des centres de données, ces bâtiments remplis de serveurs. Pour les rentabiliser, il faudrait que l'IA rapporte 3 725 milliards de dollars par an d'ici 2032, selon un calcul de l'économiste Stijn Van Nieuwerburgh publié par la Brookings Institution, un centre de recherche américain.
D'autres n'y voient pas de bulle. Pour l'analyste américain Dan Ives, la demande pour l'IA reste forte, et la hausse des taux pose « une question de financement, pas de demande ». Fin octobre 2026, aucun grand indice n'a chuté comme en 2000 ou en 2008. Le Journal du Net estime qu'« on ne fait pas encore face à un vent de panique qui signerait un krach majeur de l'IA ».
Le 16 octobre 1929, huit jours avant le jeudi noir, l'économiste américain Irving Fisher déclarait : « Les cours ont atteint ce qui semble être le plateau perpétuel. »
Sources
9
- Wikipédia, krach de 1929 : le jeudi noir, l'achat à crédit, les chiffres du Dow Jones de 1929 à 1954, le chômage et la citation d'Irving Fisher.
- Wikipédia, krach : origine du mot, mécanisme, coupe-circuits.
- Wikipédia, Black Monday (1987) (en anglais) : la baisse du 19 octobre 1987, l'action des banques centrales, le retour du S&P 500 et les coupe-circuits.
- Wikipédia, crise financière mondiale de 2007-2008 et krach boursier de 2020.
- Euronext, clôtures du CAC 40 jour par jour, relevées sur Yahoo Finance le 31 octobre 2026.
- MAIF, livret A ou assurance vie : garantie du livret A et du fonds en euros, risque des unités de compte.
- CNBC, Nvidia, AMD, Dell sink in global tech rout on AI funding worries, 14 octobre 2026 (en anglais).
- NBC News, Tech stocks wipe out $1 trillion in value as concerns deepen about the AI boom, 30 octobre 2026 (en anglais).
- Journal du Net, assiste-t-on (vraiment) aux prémices d'un krach de l'IA ?, 26 octobre 2026.



