Qu'est-ce que la retraite par capitalisation ?

En bref
C'est une retraite financée par l'épargne de chacun, placée pendant toute sa carrière puis rendue avec ses gains. La France fonctionne surtout par répartition, où les actifs paient les pensions des retraités.
Le 30 avril 1930, la France rend la retraite obligatoire pour les salariés modestes de l'industrie et du commerce. Chacun cotise, l'argent est placé, et la pension grossit avec les intérêts. Pour toucher une retraite complète, il faut trente ans de cotisations. Les premières pensions pleines sont donc prévues pour 1960.
Elles ne seront jamais versées. Avec la crise des années 1930 puis la guerre, l'inflation fait fondre la valeur des placements. En 1941, le régime de Vichy abandonne ce système et passe à un autre, qui verse tout de suite les cotisations des actifs aux personnes âgées. En 1945, la Sécurité sociale généralise ce principe. Il s'appelle la répartition, et la France y est toujours.
Le système de 1930 fonctionnait par capitalisation. Près d'un siècle plus tard, il revient dans le débat.
Deux façons de payer les retraites
En répartition, les cotisations de ceux qui travaillent paient les pensions des retraités du moment. L'argent ne s'accumule pas. Ce que tu verses ce mois-ci part tout de suite à tes grands-parents, et ta propre retraite sera payée par ceux qui travailleront après toi. D'après le Conseil d'orientation des retraites (COR), les retraites ont coûté 422 milliards d'euros en 2025. C'est 14,1 % du PIB, la richesse produite par le pays en un an.
En capitalisation, chacun épargne pour lui-même pendant sa carrière. L'argent est placé, en bourse ou dans l'immobilier. Au moment de partir, on le récupère avec ses gains, en une fois ou petit à petit. Ta retraite dépend de ce que tu as versé et de ce que tes placements ont rapporté.
La France n'est pas tout à fait à 100 % en répartition. Depuis 2019, n'importe qui peut ouvrir un plan d'épargne retraite (PER). Selon le ministère de l'Économie, 12,9 millions de personnes en avaient un fin 2025, pour 150 milliards d'euros placés au total. Ça reste un complément, à peine plus d'un tiers de ce que coûtent les retraites en une seule année.
Pourquoi la répartition est sous pression
La répartition repose sur un équilibre entre ceux qui cotisent et ceux qui touchent une pension. Cet équilibre se dégrade. En 2009, la France comptait 3,6 personnes de 20 à 64 ans pour une personne de 65 ans et plus. En 2025, elles ne sont plus que 2,5. En 2070, elles seraient environ 1,6, selon le COR.
Pour une personne de 65 ans et plus, combien de personnes de 20 à 64 ans ?
2009Avant les départs du baby-boom
3,62025Aujourd’hui
2,52070Projection du COR
1,6
La raison tient en deux mots, baby-boom et natalité. Les nombreux enfants nés après 1945 partent à la retraite, alors que les naissances baissent. Dans son rapport de juin 2026, le COR table désormais sur 1,45 enfant par femme, contre 1,8 un an plus tôt. Le système de retraite était en déficit de 5,1 milliards d'euros en 2025, une somme qui vient grossir la dette publique. Ce déficit atteindrait 2,4 % du PIB en 2070 si rien ne change.
Pour l'équilibrer, il n'existe que quatre leviers. On peut cotiser plus, toucher moins, partir plus tard, ou produire davantage pour que les salaires et les cotisations augmentent. La réforme de 2023, qui repoussait l'âge de départ de 62 à 64 ans, jouait sur le troisième. Elle est suspendue jusqu'en janvier 2028, en échange de la non-censure du gouvernement par les socialistes.
Ce que promet la capitalisation
Son premier atout, c'est ce que rapporte l'argent. En répartition, ta pension suit en gros l'évolution des salaires, puisque ce sont eux qui la paient. Dans ses projections, le COR prévoit des salaires qui augmentent d'environ 0,7 % par an de plus que les prix. Placé en bourse sur quarante ans, l'argent a souvent rapporté davantage. La règle est simple, et l'économiste américain Henry Aaron l'a posée dès 1966. Si les placements rapportent plus que la hausse des salaires, la capitalisation gagne. Sinon, c'est la répartition.
Le simulateur ci-dessous montre ce que deviennent 100 euros par mois versés pendant 43 ans, selon ces deux rendements.
100 € par mois pendant 43 ans, soit 51 600 € versés. Combien au moment de partir, en euros d’aujourd’hui ?
Capitalisation105 700 €
Répartition60 400 €
La capitalisation donne 45 300 € de plus.
- Capitalisation
- Répartition
- Argent versé
Le calcul, en clair
- 100 € par mois pendant 43 ans, soit 51 600 € versés, en euros d’aujourd’hui.
- En capitalisation, placés à 3 % par an (inflation et frais déduits) : 105 700 €.
- Avec un krach de 30 % juste avant le départ : 74 000 €.
- En répartition, comptés comme s’ils suivaient les salaires (+0,7 % par an au-delà des prix) : 60 400 €.
- Avec des placements à 1 % par an : 64 700 €.
Ses défenseurs ajoutent deux arguments. L'argent placé finance les entreprises françaises, qui peuvent investir. Et chacun voit son épargne grossir sur son compte, ce qui est plus facile à suivre qu'une pension calculée par des règles qui changent à chaque réforme. Dès 1994, dans un rapport resté célèbre, la Banque mondiale conseillait aux pays d'ajouter à leur retraite publique un étage obligatoire par capitalisation.
Ce que les économistes lui reprochent
Le premier risque, ce sont les marchés. En 2008, les fonds de pension des pays de l'OCDE ont perdu 23 % de leur valeur en un an, d'après l'OCDE. Celui qui partait à la retraite cette année-là touchait beaucoup moins que celui qui était parti un an plus tôt. L'inflation est un autre danger, comme l'a montré la France des années 1930.
Le deuxième problème, c'est le passage d'un système à l'autre. Si la France basculait vers la capitalisation, les retraités actuels continueraient d'avoir besoin de leur pension. Les actifs devraient donc payer deux fois, une fois pour leurs aînés, et une fois pour leur propre épargne. Les économistes appellent ça le problème de la double charge.
Le troisième argument est moins intuitif. Pour l'économiste britannique Nicholas Barr, de la London School of Economics, la capitalisation ne met pas à l'abri du vieillissement de la population. Quel que soit le système, un retraité achète son pain, ses soins et ses voyages à des gens qui travaillent. S'il y a moins d'actifs, il y a moins de choses produites à se partager. Et quand beaucoup de retraités vendent leurs placements en même temps, à moins d'acheteurs, ils les vendent moins cher. Pour Barr, le choix du système compte donc moins qu'on ne le croit. Ce qui paie vraiment les retraites, c'est ce que le pays produit.
Le Chili sert souvent d'exemple. En 1981, sous la dictature d'Augusto Pinochet, il a remplacé la répartition par des comptes individuels. Chaque salarié y verse 10 % de son salaire, placés par des fonds privés. Quarante ans plus tard, les pensions jugées trop faibles ont déclenché d'immenses manifestations. En janvier 2025, le Chili a voté une réforme qui ajoute peu à peu une cotisation de 7 points payée par les employeurs, dont une partie va dans un pot commun.
Un mélange plutôt qu'un choix
La plupart des pays riches mélangent les deux. En Suède, depuis la réforme de 1999, chaque salarié cotise 18,5 % de son salaire. Sur ce total, 16 points financent la répartition, et 2,5 points sont placés dans des fonds que chacun choisit. En France, les fonctionnaires ont depuis 2005 un petit régime additionnel par capitalisation. Et le Fonds de réserve pour les retraites, créé en 2001, a placé de l'argent pour amortir le choc du baby-boom.
La vraie question porte donc sur la dose. Faut-il un étage de capitalisation obligatoire pour tous ? Collectif, géré par les syndicats et le patronat, ou individuel ? Financé par de nouvelles cotisations, ou en prenant une part de celles qui paient aujourd'hui les pensions ?
Le grand sujet de la présidentielle de 2027
Pendant longtemps, la capitalisation était surtout défendue par le patronat et la droite. Selon le média Contexte, l'idée était quasi absente des programmes de 2022. Elle est désormais proposée par une majorité de candidats de la droite et du centre.
Le 27 août 2026, sept candidats ont présenté leur projet devant le Medef. Gabriel Attal (Renaissance) veut supprimer l'âge légal et introduire une part de capitalisation. Édouard Philippe (Horizons) défend une part collective, Bruno Retailleau (LR) un étage de « capitalisation populaire », et Marine Le Pen (RN) une part volontaire. À gauche, François Hollande propose une part de capitalisation contrôlée par les syndicats et le patronat. Le député socialiste Philippe Brun défend un système « avec beaucoup de capitalisation », collective, en versant 15 milliards d'euros par an au Fonds de réserve. Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Tondelier (Les Écologistes) veulent d'abord revenir à 62 ans, puis viser 60 ans, et ne proposent pas de capitalisation.
Le choix de 1941 avait une raison simple, qui pèse encore dans le débat. Une retraite par répartition peut payer dès le premier jour, avec l'argent de ceux qui travaillent. Elle a permis de verser une allocation à des personnes âgées qui n'avaient presque rien pu épargner. Une retraite par capitalisation, elle, a besoin de toute une carrière avant de verser sa première pension complète.
Sources
11
- Conseil d'orientation des retraites, Évolutions et perspectives des retraites en France, rapport annuel, juin 2026, et repères chronologiques sur l'histoire de la retraite.
- Pierre Saly, « Capitalisation et répartition dans l'histoire du système français des retraites avant 1945 », Revue d'histoire de la protection sociale, 2020.
- Ministère de l'Économie, chiffres de l'épargne retraite fin 2025, repris par LCL.
- Henry Aaron, « The Social Insurance Paradox », Canadian Journal of Economics and Political Science, 1966 (en anglais).
- Banque mondiale, Averting the Old Age Crisis, 1994 (en anglais).
- OCDE, Investment Risk and Pensions, 2010, sur les pertes des fonds de pension en 2008 (en anglais).
- Nicholas Barr, The Truth About Pension Reform, Finance & Development, FMI, 2001 (en anglais).
- Crédit Agricole, la réforme des retraites au Chili, 2025, et La Libre Belgique, au Chili, le système de retraite hérité de la dictature enfin réformé, 2025.
- Toute l'Europe, la suspension de la réforme des retraites, 2025.
- Capital, repris par Yahoo Finance, « Présidentielle 2027, ce que proposent les candidats pour votre retraite », 24 septembre 2026.
- Meilleurtaux, la retraite par capitalisation s'invite dans le débat, septembre 2026, et Contexte, les partisans de la retraite par capitalisation préparent le Grand Soir pour 2027, 2026.



