Comment fonctionne la Bourse ?

En bref
La Bourse est le marché des actions, de petits morceaux d'entreprises. Une entreprise y vend ses actions pour trouver de l'argent. Puis les investisseurs se les revendent entre eux, à un prix qui suit ce qu'ils attendent de l'avenir.
La réponse en 1 minute
Pourquoi l’entreprise ne touche rien quand tu achètes son action, d’où vient la Bourse, qui fixe le prix d’une action, et ce qu’a vécu le CAC 40 depuis 2000.
Lire la transcriptionLe samedi 31 août 1602 à Amsterdam, Neeltgen Cornelis entre chez son patron juste avant minuit. Elle est la servante du marchand Dirck van Os et gagne environ un demi-florin par jour. Ce soir-là, elle signe pour 100 florins, deux cents jours de salaire. Elle vient d'acheter un morceau de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, la VOC, qui arme des navires pour aller chercher des épices en Asie.
À minuit, le registre se ferme. À Amsterdam, 1 143 personnes y ont inscrit leur nom. Ensemble, elles apportent plus de 3,6 millions de florins.
Un voyage vers l'Asie dure des années, et la compagnie est fondée pour 21 ans. Pour récupérer son argent avant, une sortie est prévue dès le départ. On peut céder sa part à quelqu'un d'autre, en faisant noter le changement dans les registres de la compagnie. Neeltgen Cornelis revend la sienne moins d'un an plus tard, sans doute parce qu'elle n'arrive pas à payer le premier versement.
Acheteurs et vendeurs de parts prennent l'habitude de se retrouver sur un pont d'Amsterdam, le Nieuwe Brug, ou dans une chapelle quand il pleut. En 1611, la ville ouvre un bâtiment pour réunir tous ces marchands au même endroit, la Bourse. Le tableau en haut de cette page montre sa cour vers 1670, peinte par Job Berckheyde.
Quatre siècles plus tard, la Bourse repose toujours sur ces deux idées. Une entreprise vend des morceaux d'elle-même pour trouver de l'argent. Ceux qui les ont achetés peuvent ensuite les revendre à qui veut bien les prendre.
Une action, c'est un morceau d'entreprise
Une entreprise peut découper sa propriété en parts égales, les actions. Prends les Pâtisseries Martin, une entreprise imaginaire coupée en un million d'actions. Avec une action, tu possèdes un millionième de l'entreprise. Avec cent mille, un dixième.
L'actionnaire touche une part des bénéfices quand l'entreprise décide d'en distribuer. Ce versement s'appelle le dividende. Il peut aussi voter à l'assemblée générale, la grande réunion annuelle des actionnaires, par exemple sur le salaire des dirigeants. Et il prend un risque. Si l'entreprise fait faillite, son action ne vaut plus rien, mais il ne perd jamais plus que ce qu'il a mis.
Une action n'est pas un prêt. Quand un État ou une entreprise emprunte, il vend des obligations, des reconnaissances de dette qui promettent un remboursement et des intérêts fixés d'avance. C'est ce qu'achètent ceux qui prêtent à l'État français. L'actionnaire, lui, n'a aucune promesse. Il gagne si l'entreprise gagne, et il perd si elle perd.
La Bourse sert surtout à revendre
Une entreprise ne reçoit de l'argent en Bourse que quand elle vend des actions nouvelles. La première fois, c'est son introduction en Bourse. Elle peut en vendre d'autres plus tard, et on parle alors d'augmentation de capital.
Le reste du temps, les actions changent seulement de main. Si tu achètes une action TotalEnergies, tu l'achètes presque toujours à quelqu'un qui la vend, et ton argent va à ce vendeur. TotalEnergies ne voit pas un centime. Euronext, l'entreprise qui gère la Bourse de Paris, en gère aussi plusieurs autres en Europe. Au début de 2025, ses marchés d'actions comptaient plus de 3 millions d'échanges par jour. Sur toute l'année 2025, Paris et Amsterdam n'ont connu aucune grosse introduction en Bourse.
Pourquoi une entreprise tient-elle alors à être cotée, c'est-à-dire à avoir ses actions en Bourse ? Pour la même raison qu'en 1602. Personne n'achèterait d'actions nouvelles s'il ne pouvait jamais les revendre. Le marché de l'occasion rend possible le marché du neuf. Il donne aussi chaque jour un prix à l'entreprise, qui l'aide à emprunter, à racheter d'autres sociétés ou à payer ses salariés en actions.
Qui fixe le prix d'une action ?
À Paris, les échanges ont lieu du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h 30. Pour acheter, tu passes par ta banque ou par un courtier en ligne, un site spécialisé qui transmet ton ordre. L'ordre dit combien d'actions tu veux et à quel prix au plus. En face, chaque vendeur fixe le prix en dessous duquel il ne vend pas.
Tous ces ordres attendent dans une liste, le carnet d'ordres. Un ordinateur les compare sans arrêt. Dès qu'un acheteur accepte le prix d'un vendeur, l'échange se fait. Le cours d'une action, ce chiffre qu'on voit partout, c'est le prix du dernier échange. Personne ne le décide.
Une journée de Bourse, ordre par ordre
Les Pâtisseries Martin, une entreprise imaginaire. Cours de la veille, 20,00 €.
19 h, la Bourse ouvre
Chaque ligne est un ordre, avec un prix et un nombre d’actions. Au plus pour acheter, au moins pour vendre. Le plus offrant propose 19,98 €, le vendeur le moins cher demande 20,00 €. Tant qu’ils ne sont pas d’accord, rien ne s’échange.
Veulent acheter
- 19,98 €200 actions
- 19,95 €300 actions
- 19,90 €500 actions
- 19,85 €400 actions
Veulent vendre
- 20,00 €100 actions
- 20,02 €150 actions
- 20,05 €300 actions
- 20,10 €500 actions
Aucun échange pour l’instant.
Les cinq étapes
- 9 h, la Bourse ouvre. Chaque ligne est un ordre, avec un prix et un nombre d’actions. Au plus pour acheter, au moins pour vendre. Le plus offrant propose 19,98 €, le vendeur le moins cher demande 20,00 €. Tant qu’ils ne sont pas d’accord, rien ne s’échange. Cours : 20,00 €.
- Une acheteuse pressée. Elle veut 200 actions tout de suite, au prix du marché. La machine lui donne les moins chères, 100 à 20,00 €, puis 100 à 20,02 €. Le cours, c’est le prix du dernier échange. Il passe à 20,02 €. Cours : 20,02 €.
- Une bonne nouvelle. À 11 h, l’entreprise annonce des ventes bien meilleures que prévu. Les acheteurs relèvent leurs prix, les vendeurs aussi. Le premier échange se fait à 20,62 €. Personne n’a décidé de ce prix. Cours : 20,62 €.
- Un gros vendeur. Un fonds veut vendre 1 000 actions d’un coup. Il prend les acheteurs du plus offrant au moins offrant. Il vend 300 actions à 20,55 €, 400 à 20,50 €, 200 à 20,45 €, puis 100 à 20,40 €. Le cours retombe à 20,40 €. Cours : 20,40 €.
- 17 h 35, la clôture. Un dernier prix est fixé, le cours de clôture. Ici, 20,40 €, 2 % de plus que la veille. C’est le chiffre que donneront les sites de Bourse ce soir. Cours : 20,40 €.
Le prix monte quand des acheteurs pressés prennent les vendeurs un par un, du moins cher au plus cher. Il baisse quand des vendeurs pressés font l'inverse. S'il y a plus de monde pour acheter que pour vendre, il grimpe jusqu'à ce que des vendeurs se décident.
Pourquoi la Bourse monte et baisse
Acheter une action, c'est acheter une part des bénéfices de demain. Son prix dépend donc de ce que les gens imaginent de l'avenir de l'entreprise. Une entreprise peut annoncer de bons résultats et voir son action baisser le jour même, s'ils sont moins bons qu'espéré. Le prix de la veille comptait déjà sur mieux.
Les taux d'intérêt jouent aussi. En 2026, prêter à l'État français pour dix ans rapporte plus de 4 % par an. Pour attirer les acheteurs, une action doit promettre davantage. En 2022, la Banque centrale européenne remonte ses taux pour freiner la hausse des prix, et le CAC 40 perd 9 % sur l'année.
Et puis il y a la foule. Quand tout le monde achète parce que ça monte, le prix finit par s'éloigner de ce que rapportent les entreprises. C'est une bulle. En 1720, à Paris, on s'arrachait rue Quincampoix les actions de la compagnie de John Law, avant qu'elles ne s'effondrent. En 2000, ce sont les actions des entreprises d'internet. Quand une bulle éclate, la chute peut être brutale. C'est un krach.
C'est quoi, le CAC 40 ?
Pour savoir si la Bourse de Paris monte ou baisse, on regarde le CAC 40. C'est un indice, un chiffre calculé à partir du prix des actions de 40 grandes entreprises cotées à Paris, comme TotalEnergies, LVMH ou Airbus. Les plus grosses pèsent plus lourd dans le calcul. Un comité d'experts revoit la liste tous les trois mois.
L'indice démarre à 1 000 points le 31 décembre 1987. Son nom vient de la Compagnie des agents de change, qui l'a créé. On le lit aujourd'hui « cotation assistée en continu », le nom du système informatique qui a remplacé les prix criés à voix haute.
Le CAC 40 depuis sa création
30 octobre 2026
7 969 pointsmultiplié par 8,0 depuis 1987
Près de huit fois sa valeur de départ. Et ce chiffre ne compte pas les dividendes versés aux actionnaires.
Les chiffres des moments clés
| Jour | CAC 40 |
|---|---|
| 31 décembre 1987 | 1 000 points |
| 4 septembre 2000 | 6 922 points |
| 12 mars 2003 | 2 403 points |
| 1er juin 2007 | 6 168 points |
| 9 mars 2009 | 2 519 points |
| 19 février 2020 | 6 111 points |
| 18 mars 2020 | 3 755 points |
| 2 novembre 2021 | 6 927 points |
| 10 août 2026 | 8 726 points |
| 30 octobre 2026 | 7 969 points |
Le 4 septembre 2000, au sommet de la bulle internet, le CAC 40 atteint 6 922 points. En mars 2003, il a perdu 65 %. Sans compter les dividendes, il ne retrouve ce niveau que le 2 novembre 2021. Quelqu'un qui avait acheté au sommet a donc attendu vingt et un ans pour retrouver sa mise.
Sur toute la période, la courbe monte quand même. Le 30 octobre 2026, le CAC 40 vaut 7 969 points, près de huit fois sa valeur de départ. Et ce chiffre oublie les dividendes, l'argent versé chaque année aux actionnaires. Un autre indice les compte comme s'ils avaient été replacés aussitôt, le CAC 40 GR. Le même jour, il est à 26 515 points, plus de vingt-six fois sa valeur de départ.
La Bourse, un casino ?
Ça dépend de ce qu'on y fait. Au casino, l'argent des perdants paie les gagnants, et la maison se sert au passage. Les entreprises cotées, elles, fabriquent des richesses et versent des dividendes. Sur la durée, il y a plus à partager qu'au départ, et la courbe du CAC 40 le montre, chutes comprises.
Sur quelques jours, la Bourse ressemble davantage à un jeu. Le prix bouge au gré des nouvelles et des humeurs. L'Autorité des marchés financiers (AMF) est le gendarme de la Bourse en France. Elle a suivi près de 15 000 particuliers qui pariaient à court terme sur les monnaies ou sur des produits appelés CFD, qui permettent de miser sur la hausse ou la baisse d'un prix avec de l'argent emprunté. Entre 2009 et 2012, près de 9 sur 10 ont perdu de l'argent, 10 900 € en moyenne. Ceux qui passaient le plus d'ordres perdaient le plus.
Qui achète en Bourse ?
Fin 2024, la moitié des actions des entreprises françaises du CAC 40 appartient à des investisseurs étrangers, d'après la Banque de France. Ils viennent surtout du reste de la zone euro et des États-Unis. Parmi eux, il y a des fonds d'investissement qui placent l'épargne de millions de gens. Il y a aussi des fonds de pension qui paient des retraites, sur le principe de la retraite par capitalisation.
Les particuliers s'y mettent aussi. Dans le baromètre de l'AMF de fin 2025, 35 % des Français disent envisager d'investir en actions, surtout les plus jeunes. Beaucoup passent par un plan d'épargne en actions (PEA). Au bout de cinq ans, les gains n'y paient plus d'impôt sur le revenu, seulement les prélèvements sociaux, qui financent la Sécurité sociale. Et si tu as une assurance-vie, une partie de ton argent est peut-être déjà placée en actions, à travers des fonds.
Où se trouve la Bourse de Paris aujourd'hui ?
Pendant plus d'un siècle et demi, la Bourse de Paris a occupé le palais Brongniart, un bâtiment à colonnes du IIe arrondissement. On y criait les prix autour d'une rambarde ronde, la corbeille, jusqu'en 1987. Le palais accueille aujourd'hui des salons et des conférences.
La Bourse de Paris n'est donc plus à Paris. Depuis juin 2022, ses ordres se rencontrent dans un centre de données près de Bergame, en Italie. Euronext y a déménagé ses serveurs depuis l'Angleterre, après le Brexit.
Sources
11
- Erste Asset Management, 420 years: the birth of the stock exchange, 2 septembre 2022 (en anglais), d'après les travaux de l'historien Lodewijk Petram sur la Bourse d'Amsterdam.
- Wikipédia, Euronext Amsterdam (en anglais) et Beurs van Hendrick de Keyser (en néerlandais), pour la souscription de 1602, la revente des parts et le bâtiment de 1611.
- Tradingsat, Euronext : rechute des volumes sur les marchés cash en mai, juin 2025, d'après les chiffres mensuels d'Euronext.
- Bloomberg, Euronext goes a year without major IPO as Paris, Amsterdam quiet, 7 janvier 2026 (en anglais).
- Wikipédia, CAC 40 : création, nom, horaires, comité de l'indice et clôtures de fin d'année depuis 1987.
- Euronext, clôtures du CAC 40 et du CAC 40 GR jour par jour, relevées sur Yahoo Finance le 31 octobre 2026.
- Banque de France, la détention des actions des sociétés françaises du CAC 40 par les non-résidents augmente très légèrement en 2024, bulletin n° 261, décembre 2025.
- AMF, Baromètre de l'épargne et de l'investissement 2025, 17 décembre 2025.
- AMF, Lettre de l'Observatoire de l'épargne n° 10, octobre 2014, et La Finance pour tous, Forex, attention danger, 13 octobre 2014.
- Euronext, Successful completion of the migration of Euronext's Core Data Centre, 15 juin 2022 (en anglais).
- Ville de Paris, 1 lieu, 3 histoires : le palais Brongniart.



