Qui détient la dette de la France ?

9 min de lectureSérie La dette française

Affiche d'Abel Faivre pour le deuxième emprunt de la Défense nationale, en 1916, où un soldat français lève le bras en criant « On les aura ! »

En bref

Début 2026, 57,5 % de la dette de l'État est prêtée par des investisseurs étrangers. Le reste vient surtout de la Banque de France, des banques et des assureurs français. La Chine en déclare moins de 1 %.

Le jeudi 15 octobre 2026, dans la matinée, l'État a emprunté 12 milliards d'euros en une seule enchère. Les acheteurs en réclamaient 27 milliards, plus du double. Ce sont de grandes banques choisies par l'État, les « spécialistes en valeurs du Trésor », qui doivent participer à chaque enchère. Elles gardent une partie de ce qu'elles achètent et revendent le reste à leurs clients, en France et dans le monde entier.

Ce que l'État vend, ce sont des obligations. Une obligation est une reconnaissance de dette qu'on peut revendre à quelqu'un d'autre. L'État s'engage à verser des intérêts chaque année, puis à rendre la somme à une date fixée. Selon l'obligation, c'est dans deux ans, dans dix ans ou dans cinquante ans. Fin juillet 2026, il devait ainsi 2 882 milliards d'euros, et il lui restait en moyenne huit ans et demi avant de devoir les rendre. C'est la plus grosse part de la dette publique française, qui compte aussi celle de la Sécurité sociale et des collectivités locales.

Ces obligations changent de main tous les jours. Pour savoir à qui il doit cet argent, l'État dépend donc d'enquêtes statistiques. Elles donnent une réponse assez précise par grandes familles de prêteurs, et presque aucun nom.

Plus de la moitié vient de l'étranger

Au premier trimestre 2026, d'après la Banque de France, 57,5 % de la dette de l'État était détenue par des investisseurs étrangers. Ce sont surtout des banques, des assureurs, des caisses de retraite et des fonds d'épargne d'autres pays. Début 2025, les banques centrales étrangères en détenaient environ 10 %, d'après le Sénat. Ce sont les banques publiques qui gèrent la monnaie de chaque pays. Les fonds souverains, ces fonds publics qui placent l'argent d'un pays, en détenaient aussi environ 10 %. Ces prêteurs viennent surtout d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie de l'Est.

Ça n'a pas toujours été le cas. En 1996, plus de 70 % de la dette de l'État était prêtée par des Français. Puis l'euro est arrivé, le 1er janvier 1999. Un fonds allemand ou néerlandais qui prêtait à la France n'avait plus à craindre une baisse du franc, et la dette française est devenue un placement comme un autre pour toute l'Europe. Fin 2009, les étrangers en détenaient 66,4 %, deux euros sur trois.

Quelle part de la dette de l’État est prêtée par l’étranger ?

57,5 %

Mars 2026

Dernier chiffre connu. Plus d’un euro sur deux prêté à l’État vient de l’étranger.

Les chiffres
DatePart prêtée par l’étranger
199628,7 %
Mi-199829,5 %
Fin 200966,4 %
201563,6 %
Fin 202147,5 %
Fin 202249,8 %
Fin 202353,6 %
Fin 202454,6 %
Fin 202556,1 %
Mars 202657,5 %
Les gros points marquent les moments clés, la ligne pointillée la moitié de la dette, la bande grisée les années où la BCE rachète des dettes publiques (2015 à 2022). Jusqu’en 2021, dette de l’État et de quelques organismes publics nationaux (Banque de France, citée par le Sénat) ; ensuite, dette de l’État vendue sur les marchés (Banque de France, publiée par l’Agence France Trésor).

C'est plus que chez les voisins. D'après le même rapport du Sénat, les étrangers détiennent 52 % de toute la dette publique française. C'est environ 45 % en Allemagne, 43 % en Espagne et 28 % en Italie. Au Japon, à l'inverse, près de 90 % de la dette est entre les mains des Japonais eux-mêmes.

La Banque de France en a racheté près d'un quart

Entre 2015 et fin 2021, la part des étrangers est tombée de 63,6 % à 47,5 %. Ils ne sont pas partis en masse. Un nouvel acheteur était arrivé, la Banque centrale européenne (BCE).

En 2015, les prix n'augmentaient presque plus dans la zone euro, et la BCE voulait faire baisser les taux d'intérêt pour relancer l'économie. Elle s'est mise à racheter des obligations d'État en très grande quantité, avec de l'argent qu'elle crée. Pour la dette française, c'est la Banque de France qui achetait, puisqu'elle applique en France les décisions de la BCE. Elle a recommencé de plus belle en 2020, pendant le Covid. Début 2022, la Banque de France et quelques autres petits détenteurs français avaient 28,8 % de la dette de l'État.

Puis, en 2022, les prix se sont remis à grimper vite. Pour freiner cette inflation, la BCE a arrêté d'acheter et a remonté ses taux d'intérêt. À partir de 2023, quand l'État remboursait une obligation détenue par la Banque de France, celle-ci n'en rachetait plus toujours une autre. Depuis janvier 2025, elle n'en rachète plus aucune. D'autres prêteurs prennent la place laissée libre, surtout des étrangers et des banques françaises. Début 2026, la part de la Banque de France et de ces petits détenteurs était tombée à 20,6 %, et celle des étrangers était remontée à 57,5 %.

Sur 100 € prêtés à l’État, qui les a prêtés ?

Début 2026

  • Investisseurs étrangersbanques, assureurs, fonds et banques centrales d’autres pays57,5 %
  • Banque de Francesurtout les obligations rachetées pour la BCE, plus quelques autres détenteurs20,6 %
  • Banques françaisesqui s’en servent comme placement sûr, facile à revendre10,5 %
  • Assureurs et fonds françaissurtout l’argent placé en assurance-vie11,4 %

Les investisseurs étrangers et les banques françaises prennent la place. Plus d’un euro sur deux vient de l’étranger.

Les chiffres, année par année
DétenteurDébut 2021Début 2022Début 2024Début 2025Début 2026
Investisseurs étrangers49,8 %48,5 %54,0 %54,7 %57,5 %
Banque de France25,3 %28,8 %27,2 %24,4 %20,6 %
Banques françaises7,0 %6,1 %8,3 %9,8 %10,5 %
Assureurs et fonds français17,9 %16,5 %10,5 %11,5 %11,4 %
Chaque carré vaut 1 € de la dette de l’État vendue sur les marchés (les obligations). Parts calculées au prix où les obligations se revendent, au premier trimestre de chaque année. D’après la Banque de France, chiffres publiés par l’Agence France Trésor.

La Banque de France appartient à l'État. Quand l'État lui paie des intérêts, elle lui en reverse une partie avec ses bénéfices, les années où elle en fait. Sur cette part de la dette, la France se doit un peu à elle-même.

Ton assurance-vie en contient sans doute

Le reste de la dette est entre les mains d'institutions françaises. Début 2026, les banques françaises en détenaient 10,5 %. Elles s'en servent comme d'un placement sûr, qu'elles peuvent revendre vite si elles ont besoin d'argent. Les assureurs français en détenaient 9,6 %, et les fonds d'épargne français 1,8 %.

Chez les assureurs, c'est surtout l'argent de l'assurance-vie. Le fonds en euros, c'est la partie d'une assurance-vie où l'argent placé est garanti. L'assureur en prête une grande partie à des États et à des entreprises. Il achète leurs obligations, dont celles de l'État français. Une partie de ton épargne est donc probablement prêtée à l'État. D'après l'Agence France Trésor, citée par l'Ifrap (un groupe de réflexion libéral), les assureurs français détenaient près de 40 % de la dette de l'État en 2000. Ils n'en avaient plus que 20 % en 2009. Depuis, la dette a beaucoup grossi, et leurs achats n'ont pas suivi.

Les particuliers, eux, n'en achètent presque plus directement. L'État a vendu des obligations réservées aux particuliers jusqu'en 2005, puis il a arrêté, faute d'acheteurs. Pendant la Première Guerre mondiale, c'était l'inverse. L'État couvrait les murs d'affiches pour que chaque Français lui prête ses économies (c'est l'affiche « On les aura ! » d'Abel Faivre, en 1916, qui ouvre cette page).

La Chine, le Qatar ou BlackRock tiennent-ils la France ?

Ces trois noms reviennent souvent quand on cherche qui détient la dette française. Les chiffres racontent autre chose.

La Chine d'abord. D'après le Sénat, les investisseurs chinois déclaraient en mai 2025 environ 17 milliards de dollars de titres français, dette de l'État et dette des entreprises confondues. Même si tout était de la dette de l'État, ça ferait moins de 1 % du total. Ce chiffre ne compte pas forcément les réserves de la banque centrale chinoise, qui ne dit pas où elle les place. Mais toutes les banques centrales étrangères réunies n'en détiennent qu'environ 10 %.

Le Qatar ensuite. Aucun chiffre public ne montre qu'il détient une part notable de la dette française. Son fonds souverain est surtout connu en France pour ses achats d'entreprises et d'immeubles, comme le PSG en 2011. Et tous les fonds souverains du monde réunis détiennent environ 10 % de la dette de l'État.

BlackRock enfin. Fin septembre 2026, cette entreprise américaine gérait 15 500 milliards de dollars, mais ce n'est pas son argent. C'est celui de ses clients, des caisses de retraite, des entreprises et des millions d'épargnants. Quand un fonds de BlackRock achète des obligations françaises, il les achète pour eux. Ces fonds font partie des milliers de prêteurs, souvent étrangers, qui se partagent la dette de l'État. Aucun chiffre public ne leur en attribue une part précise.

Pourquoi l'État ne sait pas exactement à qui il doit

Une obligation se revend sans que l'État soit prévenu. Elle peut passer d'une banque parisienne à un fonds londonien, puis à une caisse de retraite canadienne, en quelques jours. Entre l'État et le vrai propriétaire, il y a souvent plusieurs intermédiaires, des banques qui gardent les obligations pour leurs clients.

La Banque de France et le Fonds monétaire international reconstituent donc la répartition par des enquêtes, pays par pays. C'est pour ça que les chiffres sont donnés par grandes familles, avec quelques mois de retard. En 2025, le Sénat a étudié l'idée d'obliger les détenteurs à se déclarer, comme le permet la loi pour les actions des entreprises. Son rapport l'a jugée impossible à appliquer, parce que les intermédiaires sont trop nombreux. Il a ajouté que la France serait seule à le faire.

Est-ce un risque d'emprunter autant à l'étranger ?

Avoir beaucoup de prêteurs étrangers a un avantage. Plus il y a d'acheteurs pour une obligation, moins l'État doit promettre d'intérêts pour la vendre. L'enchère du 15 octobre, où les demandes dépassaient deux fois l'offre, montre que les acheteurs ne manquent pas. Dans la zone euro, un Allemand ou un Italien qui prête à la France ne craint pas non plus une baisse de la monnaie, puisque tout se paie en euros.

Le revers, c'est que ces prêteurs peuvent partir plus vite. Un investisseur étranger n'a aucune raison particulière de garder de la dette française si un autre placement lui paraît plus sûr ou mieux payé. Quand la confiance baisse, il vend, et l'État doit promettre plus d'intérêts pour trouver d'autres acheteurs. En 2011 et 2012, l'Italie et l'Espagne en ont fait l'expérience, quand les investisseurs se sont débarrassés de leurs obligations. Le Japon montre l'inverse. Sa dette dépasse deux fois ce que le pays produit en un an, mais près de 90 % est détenue par des Japonais, qui la gardent.

Peut-on effacer la part de la Banque de France ?

En octobre 2026, la France emprunte à près de 5 % par an sur dix ans, son taux le plus haut depuis 2002. Les intérêts de la dette sont devenus la dépense de l'État qui augmente le plus. Moody's, une des agences qui notent la capacité des pays à rembourser, doit dire le 23 octobre 2026 si elle baisse à son tour la note de la France. Et une vieille idée revient dans la campagne pour l'élection présidentielle de 2027.

Le 23 août 2026, aux universités d'été de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a proposé de « geler » la dette française détenue par la Banque de France pour le compte de la BCE. Elle deviendrait une dette perpétuelle à taux nul, jamais remboursée et sans intérêts. La dette détenue par les autres prêteurs ne serait pas touchée. Il chiffre la part concernée à 636 milliards d'euros.

Ses partisans font valoir que la Banque de France appartient à l'État. Ce serait donc effacer une dette que le pays se doit à lui-même, et libérer de l'argent pour investir, par exemple dans la transition écologique. En 2021, environ 150 économistes européens défendaient déjà une idée proche dans une tribune.

Ses opposants sont nombreux. Les traités européens interdisent à la BCE de prêter directement aux États (article 123). Le 10 septembre 2026, sa présidente Christine Lagarde a parlé d'une « violation pure du traité ». Changer ce traité demanderait l'accord des 27 pays de l'Union. Pour l'économiste Philippe Aghion, prix Nobel 2025, l'État perdrait d'un côté ce qu'il gagnerait de l'autre. La Banque de France lui reverse déjà une partie des intérêts. D'autres, comme l'économiste Mathieu Plane, craignent que les autres prêteurs demandent alors des intérêts plus élevés. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, Gabriel Attal et Jordan Bardella s'y opposent aussi.

Le débat ne porte que sur une partie de la dette, un cinquième selon Jean-Luc Mélenchon, un quart selon le gouvernement. Pour tout le reste, l'État continue d'emprunter. En 2026, il prévoit d'emprunter 310 milliards d'euros à long terme, en bonne partie pour rembourser d'anciens emprunts. Il les trouvera auprès de prêteurs dont il ne connaîtra jamais la plupart des noms.

Sources

11
  1. Agence France Trésor, bulletin mensuel d'août 2026 (détenteurs au premier trimestre 2026, part des étrangers depuis fin 2022, montant de la dette de l'État et durée moyenne), et bulletins de juillet 2021, juillet 2022, juillet 2024 et juillet 2025, d'après la Banque de France.
  2. Sénat, Albéric de Montgolfier, Sur les enjeux associés à la structure de détention de la dette de l'État, rapport d'information n° 902, 24 septembre 2025.
  3. Assemblée nationale, réponse du gouvernement à la question écrite n° 42800, 7 juin 2022 (part des étrangers en 2015).
  4. FIPECO, le montant et l'évolution de la dette publique, mai 2026.
  5. Ifrap, les assureurs français ne détiennent plus que 10 % de la dette française, 2025.
  6. Boursorama (avec Reuters), détails de l'adjudication d'OAT, 15 octobre 2026.
  7. Agence France Trésor, charte des spécialistes en valeurs du Trésor 2025-2027, et programme de financement de l'État pour 2026 (en anglais).
  8. BlackRock, résultats du troisième trimestre 2026 (en anglais).
  9. franceinfo, cinq questions sur la proposition de Jean-Luc Mélenchon de geler une partie de la dette française, 27 août 2026.
  10. Euronews, Christine Lagarde contre la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler la dette française, 11 septembre 2026.
  11. Boursorama, l'OAT touche un sommet depuis 2002, 1er octobre 2026.

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  1. Qui détient la dette de la France ?

    Tu la lis

Ce qu’il faut retenir

12 cartes

Répondre de tête, puis retourner la carte. C’est l’effort de se souvenir qui fait retenir. Pourquoi ?

  1. En 2026, qui détient plus de la moitié de la dette de l'État français ?

    Des investisseurs étrangers.

  2. Qu'est-ce qu'une obligation d'État ?

    Une reconnaissance de dette qu'on peut revendre.

  3. Après l'arrivée de l'euro en 1999, pourquoi les Européens prêtent-ils davantage à la France ?

    Ils ne craignent plus une baisse du franc.

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  4. De 2015 à 2021, qui rachète la dette française pour la BCE ?

    La Banque de France.

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  5. Depuis 2022, pourquoi la part de la dette française détenue par l'étranger remonte-t-elle ?

    La BCE a arrêté de la racheter.

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  6. Pourquoi les intérêts versés par l'État à la Banque de France lui reviennent-ils en partie ?

    Elle appartient à l'État.

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  7. Par quel placement courant beaucoup de Français prêtent-ils indirectement à leur État ?

    L'assurance-vie.

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  8. En 2025, quelle part de la dette de l'État français les investisseurs chinois déclarent-ils ?

    Moins de 1 %.

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  9. Quand un fonds de BlackRock achète de la dette française, à qui est cet argent ?

    À ses clients.

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  10. Pourquoi l'État français ignore-t-il le nom de la plupart de ses prêteurs ?

    Ses obligations se revendent sans qu'il soit prévenu.

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  11. Quel risque court la France en empruntant beaucoup à l'étranger ?

    Ils peuvent vendre vite si la confiance baisse.

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  12. Selon la BCE, quelle règle des traités européens interdit d'effacer la dette qu'elle détient ?

    L'interdiction de prêter directement aux États.

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