Qu'est-ce qu'un ETF ?

En bref
Un ETF est un fonds qui copie un indice boursier, comme le CAC 40 ou le MSCI World. Il en achète toutes les actions et s'échange en Bourse comme une action. Ses frais sont bas, 0,33 % par an en moyenne en France en 2025.
Le 31 août 1976, aux États-Unis, John Bogle lance un fonds qui ne cherche pas les bonnes actions. Il achète toutes celles d'un indice de la Bourse de New York, le S&P 500, et il n'y touche plus. Bogle espérait récolter 150 millions de dollars. Il en trouve 11,3. Déçues, les banques chargées de vendre le fonds proposent de rendre l'argent aux clients. Bogle refuse. Ses critiques jugent l'idée « anti-américaine » et la surnomment « la folie de Bogle ».
Cinquante ans plus tard, ces fonds sont partout. Les ETF sont des fonds qui s'échangent en Bourse, et presque tous copient un indice. Fin août 2026, ils gèrent 24 030 milliards de dollars dans le monde, d'après le cabinet ETFGI. En France, plus de 1,1 million de particuliers en ont acheté ou vendu en 2025, selon l'Autorité des marchés financiers (AMF). C'est cinq fois plus qu'en 2020, et ils ont 38 ans en moyenne.
Un ETF, c'est un panier d'actions qu'on achète d'un coup
ETF veut dire exchange-traded fund, « fonds échangé en Bourse ». On l'appelle aussi tracker, le « suiveur », ou fonds indiciel coté. Un fonds, c'est un pot commun. Des milliers d'épargnants y mettent leur argent, et une société de gestion le place pour eux.
Un ETF suit une règle simple. Il copie un indice, une liste d'entreprises dont on résume les prix en un seul chiffre, comme le CAC 40 à Paris (on explique la Bourse ici). Un ETF sur le CAC 40 achète les actions des 40 entreprises, dans les mêmes proportions que l'indice. Avec une seule part de l'ETF, tu détiens un petit morceau des 40.
Parmi les indices les plus suivis, il y a le MSCI World, calculé par la société MSCI. Fin septembre 2026, il réunit les actions de près de 1 250 grandes et moyennes entreprises de 23 pays riches. Chaque entreprise y pèse selon sa valeur en Bourse, le prix de toutes ses actions additionnées. La répartition n'est pas forcément celle qu'on imagine.
Tes 100 € dans un ETF MSCI World, ça va où ?
Un ETF qui copie le MSCI World achète les actions de près de 1 250 entreprises de 23 pays, chacune selon son poids dans l’indice. Voici où partent 100 €.
72,94 € aux États-Unis, alors que l’indice couvre 23 pays.
- États-Unis72,94 €
- Japon5,91 €
- Royaume-Uni3,41 €
- Canada3,29 €
- France2,24 €
- Les 18 autres pays12,21 €
27,85 € dans neuf entreprises, toutes américaines.
- Nvidiapuces électroniques5,81 €
- AppleiPhone, ordinateurs5,41 €
- Microsoftlogiciels, Windows4,00 €
- AlphabetGoogle, YouTube3,99 €
- Amazonvente en ligne2,67 €
- MetaFacebook, Instagram1,76 €
- Broadcompuces électroniques1,76 €
- Micronpuces de mémoire1,33 €
- Teslavoitures électriques1,12 €
- Toutes les autres entreprises72,15 €
Sur 100 € placés, près de 73 partent vers des entreprises américaines. Les neuf plus grosses, de Nvidia à Tesla, en prennent près de 28 à elles seules. Toutes sont américaines, et la plupart vendent des logiciels, des téléphones ou des puces. Le secteur des technologies pèse 31,78 % de l'indice. Un ETF « monde » dépend donc surtout de la Bourse américaine.
Il ne cherche pas à battre la Bourse, il la copie
Un fonds classique est géré activement. Un gérant choisit les actions qu'il pense voir monter et vend celles qu'il pense voir baisser. Son travail se paie. Un ETF n'a personne pour choisir. Il achète ce que contient l'indice, rien de plus, et suit ses changements. C'est ce qu'on appelle la gestion passive. Il existe aussi des ETF gérés activement, mais ils pèsent environ un dollar sur neuf placés en ETF dans le monde, d'après ETFGI.
L'idée de Bogle vient d'un économiste américain, Paul Samuelson, prix Nobel d'économie en 1970. En 1974, il écrit que le respect des faits l'oblige à penser que « la plupart des gérants de portefeuille devraient fermer boutique ». Les chiffres d'aujourd'hui vont dans son sens. L'entreprise qui calcule le S&P 500, S&P Dow Jones Indices, compare chaque année les fonds gérés activement à leur indice. Sur dix ans, plus de 9 fonds d'actions mondiales vendus en euros sur 10 ont fait moins bien que l'indice mondial, d'après son rapport de 2025 sur l'Europe. Battre la Bourse une année, certains y arrivent. Dix ans de suite, presque personne.
L'ETF ajoute une idée en 1993. Le 29 janvier, la Bourse américaine AMEX cote le premier ETF du pays. Il copie le S&P 500 et s'achète comme une action. Son nom, SPDR, se prononce « spider » (l'araignée). Les premiers ETF arrivent à la Bourse de Paris en janvier 2001, dont un sur le CAC 40.
Pourquoi un ETF coûte si peu
Pas de gérant à payer, pas d'équipe qui épluche les comptes des entreprises. Un ETF coûte peu à faire tourner. En France, les ETF d'actions ont prélevé en moyenne 0,33 % par an de l'argent placé en 2025, d'après l'AMF. Les fonds d'actions gérés activement en ont pris 1,37 %, en comptant les commissions qu'ils touchent quand ils font mieux que prévu.
Ces frais ne se paient pas d'un coup, avec une facture. Ils sont retirés petit à petit de la valeur du fonds. Sur 10 000 € placés, 0,33 % font 33 € par an, et 1,37 % font 137 €. L'écart paraît petit. Mais l'argent parti en frais ne rapporte plus rien, et l'écart grossit d'année en année.
Les frais, année après année
100 € placés chaque mois, avec le même rendement de 5 % par an avant frais pour les deux fonds. C’est un chiffre inventé pour l’exemple : seuls les frais changent.
- Ce que tu as versé en 10 ans12 000 €
- ETF d’actionsfrais de 0,33 % par an15 170 €
- Fonds géré activementfrais de 1,37 % par an14 350 €
Écart : 820 € de moins avec le fonds le plus cher.
- Ce que tu as versé en 20 ans24 000 €
- ETF d’actionsfrais de 0,33 % par an39 070 €
- Fonds géré activementfrais de 1,37 % par an34 700 €
Écart : 4 370 € de moins avec le fonds le plus cher.
- Ce que tu as versé en 30 ans36 000 €
- ETF d’actionsfrais de 0,33 % par an76 730 €
- Fonds géré activementfrais de 1,37 % par an63 590 €
Écart : 13 140 € de moins avec le fonds le plus cher.
- Ce que tu as versé en 40 ans48 000 €
- ETF d’actionsfrais de 0,33 % par an136 090 €
- Fonds géré activementfrais de 1,37 % par an104 590 €
Écart : 31 500 € de moins avec le fonds le plus cher.
Avec 100 € placés chaque mois pendant trente ans, et le même rendement avant frais, le fonds le plus cher laisse plus de 13 000 € en moins. Le rendement de l'exemple est inventé. L'écart de frais, lui, est celui que mesure l'AMF.
Comment on achète un ETF
Un ETF s'achète en Bourse, comme une action, pendant les heures d'ouverture. Son prix bouge toute la journée avec celui des actions qu'il contient. Il faut un compte chez une banque ou chez un courtier en ligne, une société qui passe les ordres en Bourse pour toi. Ça peut être un compte-titres, le compte ordinaire pour les actions, ou un plan d'épargne en actions (PEA). Certaines assurances-vie en proposent aussi. En 2025, 583 000 Français ont acheté un ETF pour la première fois, d'après l'AMF. Près de la moitié l'ont fait chez un courtier installé ailleurs dans l'Union européenne.
Le prix d'une part reste collé à la valeur de son panier, grâce à de grandes banques qui ont un contrat avec le fonds. Si la part se vend plus cher que les actions qu'elle contient, elles apportent ces actions au fonds, reçoivent des parts neuves et les vendent. Si elle se vend moins cher, elles font l'inverse. Elles y gagnent la différence, et l'écart se referme.
Les dividendes, l'argent que les entreprises versent chaque année à leurs actionnaires, suivent deux chemins. Un ETF « distribuant » te les reverse. Un ETF « capitalisant » les replace aussitôt dans le panier. Son nom l'indique souvent, avec « Dist » ou « Acc ». On explique ici comment ça marche, pas quoi acheter.
Comment un ETF « monde » entre dans un PEA
Le PEA est un compte pour placer son épargne en Bourse, pensé pour financer les entreprises européennes. On peut y verser jusqu'à 150 000 €. Au bout de cinq ans, les gains n'y paient plus d'impôt sur le revenu. Restent les prélèvements sociaux, qui financent la Sécurité sociale. En échange, un fonds n'y entre que s'il détient au moins 75 % d'actions d'entreprises européennes, d'après l'AMF (Union européenne, Norvège, Islande et Liechtenstein).
Alors comment un ETF sur le MSCI World, américain à 73 %, peut-il y entrer ? Par un montage. Il existe deux façons de copier un indice. Un ETF « physique » achète vraiment les actions de l'indice, et c'est le cas le plus courant, selon l'AMF. Un ETF « synthétique » achète un autre panier, par exemple des actions européennes. Puis il signe avec une banque un contrat d'échange, un swap. Il lui donne ce que rapporte son panier, et la banque lui verse ce que rapporte l'indice. Le fonds détient des actions européennes, mais ton épargne suit le monde entier.
Le risque, c'est que la banque ne paie pas. Les règles européennes des fonds vendus au grand public interdisent qu'elle doive au fonds plus de 10 % de sa valeur.
Ce qu'un ETF ne protège pas
Un ETF suit son indice dans les deux sens. En dollars, le MSCI World a perdu 57 % entre le 31 octobre 2007 et le 9 mars 2009, d'après MSCI. Un ETF qui le copiait a suivi. Avoir près de 1 250 entreprises dans son panier évite de tout perdre sur une seule. Quand toute la Bourse chute, l'ETF chute aussi (les grands krachs sont racontés ici).
Le panier dépend aussi de quelques géants. Si les grandes entreprises américaines de la tech chutent, un ETF « monde » chute avec elles. Et il y a la monnaie. Un ETF sur le MSCI World s'achète en euros, mais les actions qu'il contient sont surtout en dollars. Si le dollar baisse face à l'euro, ta part perd de la valeur, même quand les actions ne bougent pas.
Enfin, certains ETF ne sont pas faits pour épargner. Les ETF « à effet de levier » cherchent à faire deux ou trois fois le mouvement de leur indice, mais seulement sur une journée. Sur plusieurs semaines, leur résultat peut s'éloigner de l'indice, parfois dans l'autre sens. L'AMF les décrit comme des « placements très spéculatifs », qui « ne sont pas faits pour investir à moyen ou long terme ».
Les ETF du PEA menacés à l'été 2026
À l'été 2026, ce montage a failli sortir du PEA. En mai 2026, le sénateur Hervé Maurey demande au gouvernement si des fonds tournés vers les États-Unis ont leur place dans un plan fait pour les entreprises européennes. Fin juillet, une note des professionnels de la finance rapporte que la direction du Trésor veut sortir ces ETF synthétiques du PEA dès le budget 2027. Elle dépend du ministère de l'Économie. Une vingtaine d'ETF étaient visés, pour un peu plus de 13 milliards d'euros, d'après des chiffres de Morningstar repris par la presse.
Le ministre chargé des Comptes publics, David Amiel, écrit le 26 août 2026 que « le gouvernement ne proposera pas de mesure visant à exclure les ETF swappés du plan d'épargne en actions ». Sa promesse vaut pour le texte du gouvernement. Les députés et les sénateurs peuvent encore proposer des amendements, des changements au texte, tant que le budget est en discussion à l'automne 2026.
En 1976, le fonds de Bogle avait récolté 11,3 millions de dollars. Fin août 2026, sa société Vanguard gère à elle seule 5 180 milliards de dollars d'ETF, d'après ETFGI.
Sources
11
- Jason Zweig, Birth of the Index Mutual Fund: 'Bogle's Folly' Turns 40, The Wall Street Journal, 31 août 2016, et IFA, Fifty years of Bogle's folly (en anglais) : le lancement du fonds le 31 août 1976, les 11,3 millions de dollars levés, la citation de Paul Samuelson.
- Wikipédia (en anglais), John C. Bogle et SPDR S&P 500 ETF Trust : « la folie de Bogle », le premier ETF américain en 1993 ; Exchange-traded fund : la création et le rachat des parts.
- ExtraETF, L'histoire des ETF : les premiers ETF à la Bourse de Paris en janvier 2001.
- ETFGI, Global ETF assets top $24 trillion for the first time, 16 septembre 2026 (en anglais) : les encours mondiaux et ceux de Vanguard fin août 2026.
- AMF, Tableau de bord des investisseurs particuliers actifs n° 21, mars 2026 : le nombre de Français qui ont acheté ou vendu un ETF de 2020 à 2025, leur âge moyen, les nouveaux investisseurs.
- MSCI, fiche de l'indice MSCI World, 30 septembre 2026 (en anglais) : nombre de lignes, poids des pays, des secteurs et des plus grosses entreprises, plus forte baisse depuis 1987.
- S&P Dow Jones Indices, SPIVA Europe Year-End 2025 (en anglais) : les fonds gérés activement comparés à leur indice.
- AMF, Lettre de l'Observatoire de l'épargne n° 65, avril 2026 : les frais moyens des fonds en 2025.
- AMF, Ce qu'il faut savoir sur les ETF avant d'investir, 11 juin 2026, et PEA : tout savoir sur le plan d'épargne en actions : réplication physique et synthétique, ETF à effet de levier, règle des 75 % ; Service-Public, Plan d'épargne en actions, vérifié le 22 mai 2026 : plafond et fiscalité.
- Directive européenne 2009/65/CE sur les fonds ouverts au public (OPCVM), article 52 : la limite de 10 % face à une banque.
- JeChange, Actions américaines dans le PEA : Bercy souhaite exclure les ETF en 2027, 26 août 2026, et PEA : le gouvernement renonce à exclure les ETF synthétiques du S&P 500 et du Nasdaq, 27 août 2026 : la question du sénateur, la note de juillet, la déclaration de David Amiel.



