Pourquoi se tester vaut-il mieux que relire ?

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En bref

Parce que chercher une réponse dans sa mémoire la renforce, alors que relire donne surtout l’impression de savoir. En 2006, des étudiants qui avaient relu leur texte s’en souvenaient mieux cinq minutes après. Une semaine plus tard, ceux qui s’étaient testés en retenaient 61 %, contre 40 %.

Avant un examen, le réflexe le plus répandu est de relire ses notes, encore et encore. Ça rassure, le texte devient familier, on a l’impression de le connaître. Le problème, c’est que cette impression ment.

L’expérience qui renverse l’intuition

En 2006, à l’université Washington de Saint-Louis, Henry Roediger et Jeffrey Karpicke donnent à des étudiants de courts textes de vulgarisation scientifique à apprendre. Tout le monde dispose de quatre périodes de cinq minutes. Certains lisent le texte quatre fois. D’autres le lisent trois fois, puis écrivent tout ce dont ils se souviennent. D’autres encore le lisent une seule fois, puis passent les trois périodes suivantes à le restituer de mémoire, sans jamais le revoir.

Vient ensuite le test final, cinq minutes après pour une partie des étudiants, une semaine après pour les autres.

Moment du test final
  • Lire 4 fois83 %40 %
  • Lire 3 fois, se tester 1 fois78 %56 %
  • Lire 1 fois, se tester 3 fois71 %61 %
Part des idées du texte retrouvées au test final. Roediger et Karpicke, 2006, expérience 2 (quatre périodes de cinq minutes, lecture ou rappel libre).

Cinq minutes après, ceux qui ont tout relu gagnent, avec 83 % des idées retrouvées. Une semaine plus tard, le classement s’est renversé. Ceux qui avaient relu quatre fois n’en retrouvent plus que 40 %, ceux qui s’étaient testés trois fois 61 %. Le plus troublant ? Juste après l’apprentissage, les étudiants qui avaient tout relu se croyaient mieux préparés que les autres.

Pourquoi relire trompe

Relire fait travailler la reconnaissance. Le texte te paraît familier, alors tu te dis que tu le connais. Mais reconnaître une réponse quand on l’a sous les yeux et la retrouver seul, de tête, sont deux choses très différentes. Seule la seconde sert le jour où tu en as besoin.

Se tester, à l’inverse, oblige à aller chercher le souvenir. Cet effort coûte sur le moment, et c’est précisément lui qui consolide. Le psychologue Robert Bjork parle de « difficultés désirables », un apprentissage un peu plus pénible sur le moment, mais beaucoup plus durable.

Ce n’est pas une étude isolée. En 2013, une équipe menée par John Dunlosky a passé en revue des centaines de travaux sur dix techniques d’apprentissage. Deux sortent clairement du lot, se tester et espacer ses révisions. Relire, surligner et résumer arrivent en bas du classement.

Continuer à se tester, même quand on sait

En 2008, dans la revue Science, Karpicke et Roediger vont plus loin. Des étudiants apprennent 40 mots de swahili. Pour certains, dès qu’un mot est su, on arrête de le leur demander. Pour d’autres, on continue à les interroger dessus. Une semaine plus tard, les seconds en retrouvent environ 80 %, les premiers à peine plus d’un tiers. Avoir su une fois ne suffit pas, c’est le rappel répété qui fait durer.

Se tromper aide à apprendre

Bonne nouvelle pour les « Ah bon ? ». Une erreur suivie tout de suite de la bonne réponse n’est pas un échec, c’est même l’un des meilleurs moments pour apprendre. En 2001, Brady Butterfield et Janet Metcalfe ont observé un effet surprenant, les erreurs commises avec le plus d’assurance sont celles qu’on corrige le mieux ensuite. La surprise grave la bonne réponse.

C’est pour ça que les cartes de Bahouais ont trois boutons et pas une note sur dix. Tu réponds de tête, tu retournes, et tu dis honnêtement ce qui s’est passé. « Ah bon ? », la réponse t’a surpris. « Hmm », tu as hésité. « Bah ouais. », tu le savais. Un « Ah bon ? » n’est pas une mauvaise note, c’est la carte qui fait son travail.

À toi

Deux questions sur la courbe de l’oubli. Réponds de tête avant de retourner la carte. Même si tu ne trouves pas, l’effort compte.

En quelle année Ebbinghaus publie-t-il sa courbe de l’oubli ?Réponds de tête, puis touche la carte

En 1885, dans Über das Gedächtnis (« De la mémoire »).

Au bout d’un jour, quelle part de ses listes Ebbinghaus avait-il oubliée ?Réponds de tête, puis touche la carte

Environ les deux tiers. Ensuite, l’oubli ralentit beaucoup.

Tu viens de faire exactement ce dont parle cette page. Chaque article de Bahouais se termine par ses cartes, à faire de la même façon.

Sources

  1. Henry L. Roediger III et Jeffrey D. Karpicke, Test-Enhanced Learning: Taking Memory Tests Improves Long-Term Retention, Psychological Science, 2006.
  2. Jeffrey D. Karpicke et Henry L. Roediger III, The Critical Importance of Retrieval for Learning, Science, 2008.
  3. John Dunlosky, Katherine A. Rawson, Elizabeth J. Marsh, Mitchell J. Nathan et Daniel T. Willingham, Improving Students’ Learning With Effective Learning Techniques, Psychological Science in the Public Interest, 2013.
  4. Brady Butterfield et Janet Metcalfe, Errors Committed With High Confidence Are Hypercorrected, Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 2001.
  5. Robert A. Bjork, Memory and Metamemory Considerations in the Training of Human Beings, Metacognition: Knowing about Knowing, MIT Press, 1994.

Le plus simple, c’est d’essayer

Chaque article se termine par ses cartes. Lis une question, réponds de tête, garde les cartes. Bahouais te les reposera juste avant que tu les oublies.