À quoi sert l'OTAN ?

En bref
L'OTAN sert d'abord à décourager toute attaque contre ses membres. Cette alliance de 32 pays d'Europe et d'Amérique du Nord repose sur l'article 5, qui fait d'une attaque contre l'un une attaque contre tous.
Le 4 avril 1949 à Washington, douze pays signent un traité de quatorze articles. L'alliance qui en sort, l'OTAN, attendra 45 ans avant son premier combat. Le 28 février 1994, au-dessus de la Bosnie, ses avions abattent quatre appareils serbes entrés dans une zone interdite de survol.
Pour une organisation militaire, 45 ans sans se battre peut ressembler à un échec. C'était le but.
Une alliance née de la peur de l'URSS
En 1949, l'Europe de l'Ouest sort à peine de la guerre. L'Union soviétique contrôle déjà toute la moitié est du continent. L'année d'avant, Staline a bloqué les routes vers Berlin-Ouest, et les Occidentaux ont dû ravitailler la ville par avion pendant près d'un an.
Les pays d'Europe de l'Ouest pensent qu'ils ne tiendraient pas seuls face à l'Armée rouge. Ils veulent les États-Unis à leurs côtés, avec un engagement écrit. Parmi les douze fondateurs, on trouve donc les États-Unis et le Canada, à côté du Royaume-Uni, de la France ou de l'Italie.
On prête au premier secrétaire général de l'OTAN, le Britannique Lord Ismay, une formule qui résume l'idée. L'alliance devait garder « les Soviétiques dehors, les Américains dedans et les Allemands sous contrôle ».
L'article 5, un pour tous mais à la carte
Tout le traité tourne autour d'une phrase. D'après l'article 5, une attaque armée contre un membre « sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties ». C'est la devise des Trois Mousquetaires, version traité international.
La suite de l'article est moins connue. Chaque pays aide celui qui est attaqué en prenant « telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée ». Autrement dit, chacun choisit sa réponse. Envoyer des soldats fait partie des options, mais rien n'y oblige.
La promesse ne joue que si un membre est attaqué, pas s'il attaque le premier. C'était déjà l'argument de l'Italie en 1914 pour ne pas suivre ses alliés dans la Première Guerre mondiale.
Le seul pays à avoir profité de l'article 5 est celui qui devait protéger tous les autres. Le 12 septembre 2001, au lendemain des attentats, les alliés l'invoquent pour les États-Unis. Pendant plusieurs mois, des avions radars de l'OTAN aux équipages multinationaux patrouillent dans le ciel américain.
Le traité trace aussi une frontière. L'article 5 ne joue que pour une attaque en Europe, en Amérique du Nord, en Turquie ou sur les îles de l'Atlantique Nord situées au nord du tropique du Cancer. Une attaque contre la Guyane ou La Réunion ne le déclencherait pas. En 1949, la liste comprenait même les « départements français d'Algérie ».
- Zone couverte
- Hors zone
- Lieu couvert
- Lieu pas couvert
Huit territoires de pays membres. Couverts par l’article 5, ou pas ?
Les Canaries
Espagne, au large du Maroc
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Couvertes. Ce sont des îles de l’Atlantique Nord, au nord du tropique du Cancer.
La Guyane
France, en Amérique du Sud
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Pas couverte. C’est la France, mais en Amérique du Sud, hors de la zone du traité.
L’Alaska
États-Unis, face à la Russie
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Couvert. C’est le territoire des États-Unis en Amérique du Nord.
La Réunion
France, dans l’océan Indien
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Pas couverte. L’océan Indien est hors de la zone du traité.
Le Groenland
Danemark, entre l’Atlantique et l’Arctique
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Couvert. Il dépend du Danemark et se trouve en Amérique du Nord.
Les Malouines
Royaume-Uni, au large de l’Argentine
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Pas couvertes. Quand l’Argentine les a envahies en 1982, le Royaume-Uni a fait la guerre sans pouvoir invoquer l’article 5.
Ceuta
Espagne, sur la côte du Maroc
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Pas couverte. La ville est espagnole mais se trouve en Afrique. Le traité ne cite que l’Europe et l’Amérique du Nord.
L’Anatolie
Turquie, en Asie
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Couverte. Le traité cite nommément le territoire de la Turquie, y compris sa partie asiatique.
Qui décide ? Tout le monde, ou personne
À l'OTAN, on ne vote pas. Une décision passe quand aucun des 32 membres ne s'y oppose, ce qui donne à chacun un droit de blocage. Pour faire entrer un nouveau pays, il faut l'accord de tous.
La Suède en a fait l'expérience. Candidate en mai 2022, elle n'est entrée qu'en mars 2024, le temps que la Turquie puis la Hongrie acceptent de ratifier son adhésion (en obtenant quelques contreparties au passage).
L'OTAN n'a pas vraiment d'armée à elle. Les soldats, les avions et les navires appartiennent aux pays membres, qui les confient à l'alliance pour une mission. Deux postes montrent l'équilibre. Le secrétaire général, qui parle au nom de l'alliance, a toujours été un Européen. Le commandant suprême des forces alliées en Europe a toujours été un Américain.
Ce qu'elle fait en temps de paix
En temps normal, le travail de l'OTAN consiste surtout à être là. Les pays baltes n'ont pas d'avions de chasse, alors depuis 2004 leurs alliés se relaient pour surveiller leur ciel. Depuis 2017, des bataillons multinationaux sont installés dans les membres les plus à l'est, de l'Estonie à la Bulgarie. La France commande celui de Roumanie depuis 2022.
Ces bataillons ne sont pas taillés pour arrêter seuls une invasion. Ils servent de signal. Un agresseur qui s'en prendrait à eux attaquerait plusieurs pays d'un coup.
L'alliance s'occupe aussi de menaces moins visibles. Depuis 2014, elle considère qu'une cyberattaque grave pourrait déclencher l'article 5. Ce n'est encore jamais arrivé.
La France est partie, puis revenue
En 1966, le général de Gaulle retire la France du commandement militaire intégré. Le pays reste dans l'alliance, mais il refuse de placer ses troupes sous commandement américain et demande le départ des bases étrangères de son sol.
Le siège de l'OTAN, installé à Paris, part alors pour la Belgique. Si tu étudies à Paris-Dauphine, tu suis tes cours dans ses anciens bâtiments, à la porte Dauphine.
La France s'en rapproche à nouveau dans les années 1990 et réintègre le commandement en 2009, sous Nicolas Sarkozy.
Qui paie ?
Depuis le milieu des années 2000, les membres visent 2 % de leur PIB pour la défense. En 2014, trois pays seulement atteignaient ce seuil. En 2025, d'après l'OTAN, ils y sont tous les 32.
Les États-Unis reprochent depuis longtemps aux Européens de compter sur eux. En 2011 déjà, leur secrétaire à la Défense Robert Gates prédisait à l'alliance un avenir sombre si l'Europe ne dépensait pas plus. En 2025, les États-Unis assurent encore environ 60 % des dépenses militaires de l'alliance, alors qu'ils pèsent à peu près 43 % de la richesse de ses membres.
En juin 2025 à La Haye, les membres ont promis d'atteindre 5 % de leur PIB d'ici 2035. Au moins 3,5 % iront aux armées elles-mêmes. Le reste ira à la sécurité au sens large, comme la protection des réseaux et des infrastructures.
Pourquoi la Russie y voit une menace
À la chute du mur de Berlin, l'OTAN compte 16 membres. Elle en a 32 aujourd'hui. Dix des nouveaux venus sont d'anciens alliés de Moscou du temps du pacte de Varsovie, ou d'anciennes républiques soviétiques comme les pays baltes.
2024
32 membres
La Suède entre dans l’alliance.
- Membres
- Entrent cette année-là
- Allemagne de l’Ouest seulement
- Hors OTAN
Les années d’entrée, pays par pays
| Année | Pays | Membres |
|---|---|---|
| 1949 | Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni | 12 |
| 1952 | Grèce, Turquie | 14 |
| 1955 | Allemagne de l’Ouest | 15 |
| 1982 | Espagne | 16 |
| 1990 | ex-RDA (réunification allemande) | 16 |
| 1999 | Hongrie, Pologne, Tchéquie | 19 |
| 2004 | Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie | 26 |
| 2009 | Albanie, Croatie | 28 |
| 2017 | Monténégro | 29 |
| 2020 | Macédoine du Nord | 30 |
| 2023 | Finlande | 31 |
| 2024 | Suède | 32 |
Moscou affirme que les Occidentaux avaient promis en 1990 de ne pas s'étendre vers l'est. Les Occidentaux répondent qu'aucun texte signé ne le dit et que chaque pays choisit librement ses alliances. Les historiens débattent encore de ce qui s'est dit à l'oral à l'époque.
En novembre 2019, Emmanuel Macron jugeait l'alliance en état de « mort cérébrale ». Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en février 2022, la Finlande et la Suède, restées hors des alliances militaires depuis des décennies, demandent à entrer. Avec la Finlande, la frontière terrestre entre l'OTAN et la Russie a plus que doublé.
Un bilan impossible à prouver
Depuis 1949, aucune armée n'a envahi le territoire que protège l'article 5. Pour les partisans de l'OTAN, c'est la preuve que la dissuasion fonctionne. Ses critiques rappellent qu'on ne saura jamais ce qui se serait passé sans elle.
Les deux camps ont un argument. Une guerre qui n'a pas eu lieu ne laisse aucune trace, et c'est exactement ce que l'OTAN essaie de produire depuis 1949.
Sources
7
- OTAN, Traité de l'Atlantique Nord, 4 avril 1949.
- OTAN, La défense collective et l'article 5.
- OTAN, Opérations de paix en Bosnie-Herzégovine.
- Déclaration du sommet de La Haye, 25 juin 2025 (texte publié par le gouvernement du Canada).
- Reuters, via Al-Monitor, NATO sees sharp increase in Europe's and Canada's defence spending, 26 mars 2026 (rapport annuel 2025 du secrétaire général de l'OTAN).
- La Libre Belgique, Macron se félicite d'avoir « réveillé » l'Otan avec ses propos controversés, 28 novembre 2019.
- Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, L'Alliance atlantique.



